Millenium tome 4 : Ce qui ne me tue pas

Lagercrantz, David (Traduit par Roel-Rousson, Hege)

Policier & Thriller

Actes Sud, 2015, 496 pages, 23 €

:) :) :) Super-héros nordiques - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Millenium tome 4 : Ce qui ne me tue pas

Pour peu que vous suiviez un tant soit peu l'actualité, et plus particulièrement l'actualité littéraire, il est impossible que vous ne soyez pas au courant de la sortie de ce quatrième volume de la saga Millenium. Lire ou ne pas lire « Ce qui ne me tue pas », dû non pas à Stieg Larsson, père de la série, décédé inopinément en 2004, mais à David Lagercranz, nouveau venu, s'impose ces derniers temps comme LA question à laquelle les critiques tentent d'apporter une réponse. Voici la nôtre, en toute humilité, as usual.

 

Qu'il soit clair que nous avons réellement apprécié les trois premiers tomes écrits par Stieg Larsson, avec une nette préférence toutefois pour le premier volume, dont la puissance d'évocation, la richesse des personnages et l'originalité de l'intrigue ont considérablement revigoré le monde du polar. Véritable ovni crucifiant son lecteur sur l'autel de l'efficacité, ce premier tome de Millenium, intitulé « Les hommes qui n'aiment pas les femmes »,abordait des thématiques pratiquement inédites dans ce genre de littérature et forçait, par la grâce d'une écriture empathique et nerveuse, l'adhésion immédiate du dit lecteur qui en ressortait proprement essoré. Aussi passionnants étaient-ils, les deux tomes suivants, toujours écrits par Larsson, capitalisaient largement sur les acquis de cette histoire fondatrice. Ils procurèrent une joie presque béate aux aficionados, trop heureux de retrouver leurs héros, et pardonnant de bonne grâce à leur géniteur les quelques excès scénaristiques qu'ils ne manquèrent pas de relever (vous rappelez-vous de Lisbeth s'auto-déterrant de la tombe que lui avait creusé son propre frère semi-débile mais très très costaud?) pour se laisser encore, à deux reprises donc, entraîner dans des histoires où les gentils se retrouvaient souvent placés en de tragiques postures, pour toujours finir abîmés certes, mais vivants et fiers de faire éclater au grand jour les pires scandales politico-financiers de leur époque, alors que les méchants mordaient sérieusement la poussière ?

 

Et donc, dix ans plus tard, les revoici, Lisbeth Salander, hackeuse de génie, intransigeante et rancunière et Mikaël Blomkvist, journaliste old school au grand coeur, les deux héros de cette trilogie, revivant sous la plume d'un autre auteur, David Lagercranz. En quelques lignes, ce dernier nous dresse un bref inventaire des personnages principaux, juste avant de nous plonger dans l'histoire qu'il nous a concoctée. Son histoire, la sienne, qu'il a écrite, certes en se basant sur des personnages qu'il n'a pas inventés (on commence l'énumération des noms d'auteurs de romans, de bd et de scénarios de films qui se sont livrés au même exercice?) mais dans laquelle il a quand même mis le fruit de son imagination et de ses préoccupations. Loin d'une copie ou d'une resucée sans âme, « Ce qui ne me tue pas » confirme l'audace de son auteur (déjà rien que d'oser mettre son nom sur la couverture, au-dessus du prestigieux titre générique de la série, c'était couillu) qui aborde des thèmes suffisamment éloignés de ceux qu'affectionnaient Stieg Larsson, mais juste pas trop lointains pour assurer la cohérence avec l'univers développé par ce dernier. Car si le sujet principal de l'enquête menée conjointement, et pourtant indépendamment, par Blomkvist et Salander touche au piratage informatique et à l'espionnage industriel -un univers où la frontière entre le bien et le mal s'avère de plus en plus ténue, et dans lequel, au contraire, toute tentative frauduleuse d'appropriation de l'oeuvre de quelqu'un d'autre confine au normal- l'auteur truffe son intrigue de piqûres de rappel des tomes précédents, via des faits auxquels nos deux héros vont forcément réagir, parce que c'est ainsi que Stieg Larsson, leur illustre géniteur, les a construits : justiciers sans peur. Pour notre plus grand plaisir, nous les verrons confrontés -notamment- à un médecin aussi imbu de lui-même qu'incompétent et qui abuse de son autorité, à un père qui tente de se racheter en récupérant un enfant qu'il avait trop longtemps négligé (lequel enfant s'avère surdoué et battu par son beau-père) et à un tueur super-entraîné, mais tenaillé par les remords. Au passage, le personnage de l'enfant, prénommé August, s'avère ici l'une des réussites les plus évidentes du récit : il vient joliment compléter le duo de super-héros constitué de (super-) Blomkvist (comme l'appelle Lisbeth) et de....Lisbeth elle-même, dotée de capacités intellectuelles et d'une force physique telles qu'on ne peut que la raccrocher à l'univers développé dans de nombreux comic's américains (ce que Lagercrantz va d'ailleurs confirmer ici) : plus fragile que Lisbeth, August possède un don presque paranormal qui, accolé à son autisme, lui assurera la bienveillance -très rarement accordée- de cette dernière.

Lagercrantz n'est pas Larsson et son intrigue se révèle bien plus technologique et bercée de mathématiques que celles de ce dernier. Mais, tout comme Larsson l'avait osé pour les tomes 2 et 3, il perpétue formidablement le mythe. Et d'ailleurs, dès le début, son écriture rappelle celle de Larsson : même fébrilité, même urgence, même sens du suspense -et nous sommes incapables de déterminer si cet effet est dû à un travail de copiage ou à une inspiration personnelle retravaillée par respect pour....un auteur mort ? Un univers qui fonctionne ? Un style qui colle parfaitement au type d'intrigue qu'il sert ? Qu'importe, car, au final, le plaisir de sensations de lecture éprouvées il y a une dizaine d'années remonte à la surface et nous empêche de lâcher le volume, qui se révèle définitivement passionnant, avec ses seconds rôles soignés et qui servent intelligemment une intrigue originale et d'une actualité brûlante. Et par dessous-tout, parce qu'encore une fois, nous vibrons aux péripéties endurées par nos super-héros nordiques. 

Nicolas Fanuel

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