Monteperdido

Martinez, Agustin (Traduit par Bleton, Claude)

Policier & Thriller

Actes Sud, 2017, 480 pages, 23 €

:) :) Dans un village perché - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Monteperdido

Octobre 2009 voit le petit village de Monteperdido vivre un véritable traumatisme : deux jeunes filles de 11 ans, Ana et Lucia, disparaissent alors qu’elles rentraient de l’école par leur chemin habituel, une pinède. Cinq ans plus tard, un habitant de la région découvre une voiture accidentée au fond d’un ravin. Prévenue, la garde civile y découvre le cadavre d’un homme et, à ses côtés, une jeune fille d’une quinzaine d’années, bien vivante. Rapidement identifiée comme Ana, une des deux disparues, elle s’enferme dans un certain mutisme dont même ses parents ne parviennent que trop rarement à la sortir. Les informations qu’elle livre sur son enfermement forcé en compagnie de Lucia sortent au compte-gouttes.

Santiago Bain et Sara Campos, les deux policiers envoyés de Madrid pour rouvrir l’enquête, se heurtent à la population locale –en ce compris les policiers de la garde civile- dont ils n’appréhendent pas immédiatement la sombre cohésion. À l’image de leur village perché dans les Pyrénées, cerné de falaises rocheuses et de forêts à la densité redoutable, les habitants affichent une franche imperméabilité à tout ce qui provient de l’extérieur. Pourtant, en grattant un peu, les policiers font apparaître les premières dissensions, entre les parents des filles disparues d’abord, mais également entre certains habitants plus en vue : armurier, vétérinaire et gardes civils. Une course contre la montre s’engage, dont l’issue –retrouver Lucia en vie- dépend largement de la volonté d’Ana à raconter leur histoire.

 L’Espagne, ce n’est pas que la côte, les plages et la sangria. Ce sont aussi des régions isolées à l’excès, à la merci des désordres de la nature –tempêtes et inondations- et dans lesquelles vivre tient parfois du sacerdoce. Au-delà d’une intrigue policière qui fait la part belle à des personnages d’une densité psychologique très approfondie au détriment d’un déroulement que l’on espère parfois plus rapide, c’est à la peinture détaillée de ce coin perdu, tant du point de vue de son cadre naturel que des conditions d’existence de ses habitants, que s’attache Agustin Martinez. Pas que cette première incursion en littérature soit un documentaire, mais l’on sent à quel point les personnages sont, dans leur vie quotidienne, influencés par leur milieu : confinement, vivre ensemble contraint, existence aux choix limités : c’est comme si le village reflétait une image exponentielle du vécu des deux fillettes enlevées et séquestrées. Le poids des non-dits, des conventions et des tabous s’y révèle écrasant et les deux enquêteurs auront du mal à les fracasser pour mener à bien leur enquête. Un premier polar qui mérite le détour et surtout, promet pour le futur de ce jeune auteur. 

 

Nicolas Fanuel

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