Parmi les loups et les bandits

Lish, Atticus (Traduit par Leroy, Céline)

Policier & Thriller

Buchet-Chastel, 2016, 560 pages, 24 €

:) :) :) :) New York, après le 11-Septembre 2001… - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Parmi les loups et les bandits

Malgré le titre « Parmi les loups et les bandits », ce premier roman de Atticus Lish est on-ne-peut-plus urbain, et pour cause : il se déroule à New York, encore fragilisée par les attaques du World Trade Center.

Zou Lei est chinoise, issue de la communauté ouïgoure, une région turcophone. Cette origine a suscité rejet et absence de considérations de la part de ses compatriotes. Fille de militaire, jouissant d’une très bonne condition physique et d’un caractère déterminé, elle tente sa chance aux Etats-Unis. Clandestine, exploitée par des Chinois qui la méprisent car elle ne connaît pas leur langue (ni l’anglais), Zou Lei est victime d’une rafle et passe trois mois incertains en prison. Libérée, elle décide de gagner New York, où elle pense pouvoir se fondre plus facilement dans la foule des marginaux et des travailleurs sans-papiers.

Mais une immigrée se doit d’être discrète dans le post 11-Septembre new yorkais. Zou Lei craint la police, qui au moindre petit délit la renverrait en prison ou en Chine. Surtout que sa communauté d’origine est musulmane sunnite…

A 23 ans, Brad Skinner est un vétéran. Il revient de trois missions éprouvantes en Irak. Déglingué par les actes atroces auxquels il a dû prendre part, blessé physiquement, l’ex-GI s’est vu refuser le diagnostic d’un syndrome post-traumatique, qui nécessiterait une prise en charge médico-psychiatrique. Or, Skinner est potentiellement un danger pour lui et pour autrui. Isolé dans son propre pays, pour lequel il s’est battu, lui aussi choisi de se rendre à New York

Dans le Queens des laissés-pour-compte, en proie à de terribles migraines, phases d’irritabilité ou dépressives, Skinner rencontre Zou Lei, avec laquelle il partage la pratique de la musculation. Ces deux êtres malmenés vont tenter de se construire un avenir ensemble.

« Surtout, il ne fallait pas s’appesantir sur les souvenirs tristes du passé. Ce fut la première d’une longue liste de discussions similaires durant laquelle ils formèrent des projets pour l’avenir. Le bon côté, dit-elle, c’était qu’elle l’avait rencontré et qu’ils pouvaient constituer leur propre armée, une unité de deux personnes qui mènerait ces combats difficiles que représentaient la guérison de Skinner et la régularisation de Zou Lei. »

 « Parmi les loups et les bandits » pourrait se raconter en moins de 300 pages. Seulement, c’est Atticus Lish qui s’y colle. Il a pris le temps pour écrire son roman. Le temps de vivre différentes expériences personnelles. Il a appris le mandarin à l’université, a fait différents boulots (déménageur, ouvrier en usine,…) avant de s’engager dans les Marines. Il a ensuite enseigné l’anglais en Chine avec son épouse sud-coréenne. Revenu aux Etats-Unis, il a entamé l’écriture de son livre en 2008. Il pratique différents arts martiaux.

Tout ce vécu a visiblement nourri l’auteur, qui prend le temps d’installer son histoire et ses personnages. Attachants et crédibles, il les fait évoluer dans différents quartiers de New York, le Queens, Chinatown,…Via différentes rencontres, Lish dépeint une Amérique en proie à la peur, à la pauvreté, au racisme, à une politique d’immigration défaillante, à une Armée qui brille par son manque d’empathie et de discernement.

« Parmi les loups et les bandits » porte bien son titre français (le titre d’origine est « Preparation for the next life »). Ses deux personnages principaux sont tragiques. Il est certain que leur passé et leur présent sont trop fragiles pour résister au drame qui se prépare (admirablement incarné par un troisième personnage, dont nous ne dirons rien ici). Ce roman a été très justement couronné par plusieurs prix : le Pen/Faulkner Award (dont les précédents lauréats sont Roth, Boyle, DeLillo…) et très récemment, par le Grand Prix de la Littérature Américaine. Cette distinction a permis à ce polar urbain de faire parler de lui dans la presse et de susciter notre curiosité, ô combien récompensée. Espérons que le (digne) successeur de ce premier roman (s’il y en a un) nous parvienne avant 8 ans…

Barbara Mazuin

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