Perfidia

Ellroy, James (Traduit par Gratias, Jean-Paul)

Policier & Thriller

Rivages, 2015, 850 pages, 24 €

:) :) :) Rage anti-Jap's - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Perfidia

Entrer dans un roman de James Ellroy et se sentir emporté par un tourbillon de faits divers et d'évènements historiques, côtoyer une myriade de personnages fictifs et réels, prendre des notes, établir des connexions sans que l'auteur ne nous les explicite, relever la tête, respirer, reprendre la lecture, se sentir tenu en haleine, reculer pour s'assurer d'avoir bien capté, lire et se dire que oui, il y a plus de 800 pages mais que le plaisir est dedans et pas au terminus.

Pour les néophytes : « Perfidia » se présente comme le premier tome du second quatuor de Los Angeles. Si le premier (« Le dahlia noir » ; « Le grand nulle part », « L.A. Confidential » et « White jazz ») couvrait les années 46 à 58, celui-ci est destiné à raconter les années de guerre. Il commence d'ailleurs le 6 décembre 1941, soit le jour précédant l'attaque de Pearl Harbor et l'entrée en guerre des Etats-Unis. Alors, oui, certains personnages du premier quatuor se croisent ici et, sans doute, certaines de leurs actions futures trouvent-elles ici aussi une partie de leurs racines, ou les trouveront-elles dans les 3 volumes à venir. Que cela ne vous freine pas : il est tout à fait possible d'entamer l'oeuvre d'Ellroy avec « Perfidia », vous ne vous y perdrez pas plus que si vous commenciez par un des autres volumes. Parce que, toujours pour les néophytes, où que vous débutiez, Ellroy arrivera toujours, à un moment ou un autre, à vous insuffler un sentiment de confusion, à vous faire croire que vous êtes paumé, qu'il y a trop, trop de personnages, trop de liens, trop de non-dits et de zones d'ombres. Il y a que la vie est comme ça, que les relations humaines sont confuses et changeantes et que bien peu d'écrivains se risquent -par souci de simplicité- ou arrivent -par manque de talent- à la restituer dans toute cette complexité. La complexité, ici, débute par le meurtre des Watanabe, une famille japonaise, le jour même de l'attaque de Pearl Harbor. Quatre corps, le père, la mère et les deux enfants, soigneusement alignés dans leur domicile, dans un semblant de fin de rituel de suicide collectif. Technicien à la police criminelle, Hideo Ashida remet en cause la thèse du suicide, suivi en cela -croit-il- par le sergent Dudley Smith et le capitaine Parker. Au coeur de la police de L.A., Smith s'impose comme le prototype du flic qui roule pour lui, tout en arrivant à se rendre indispensable à ses supérieurs mais aussi aux hommes d'affaires et autres politiciens, via des manoeuvres d'influence, de chantage ou des versements financiers. Suprêmement intelligent, il connaît la ville sur le bout des doigts et dispose de relais dans tous les secteurs importants. La complexité se confirme avec l'attaque de Pearl Harbor. En représailles, les braves américains se sentent le droit de traquer ceux avec qui ils vivaient en parfaite harmonie jusqu'au jour précédent : leurs concitoyens d'origine japonaise - les Jap's! Surviennent pillages et violences et, dans une mesure progressivement plus importante et appuyée par les forces de l'ordre : véritables rafles, suivies d'enfermement et séparation de familles, saisies de commerces et confiscations arbitraires, dans un climat de haine abreuvée aux plus bas instincts. La complexité s'organise lorsque le capitaine Parker, croyant anticiper l'après-guerre et la lutte contre le communisme, convainc la belle Kay Lake de s'infiltrer au coeur d'une cellule de dangereux gauchistes oeuvrant au coeur même de la haute société de la cité des anges. La complexité s'avère totale lorsque Dudley Smith -et d'autres avec lui- subodore l'existence d'une cinquième colonne à L.A., en lien avec l'affaire Watanabe, elle-même en lien avec une obscure manoeuvre de rachat des biens japonais par certains hommes d'affaires du coin. Dès lors, toutes les barrières, morales et légales, semblent s'effondrer, dans une confuse course au profit, à l'argent facile et à la recherche de faux coupables pour calmer la rage populaire. Qu'importent les morts ou les amitiés foulées aux pieds. Trahisons, manipulations, chantages et parfois, un coup de foudre entre un homme et une femme ou une attirance déraisonnable d'un homme pour un autre, tels sont les principaux moteurs de « Perfidia ». Rythmée de dialogues percutants, au vocabulaire riche, imagé et bluffants de réalisme, l'intrigue avance subrepticement ou subit de brusques mouvements d'accélération, souvent synonymes d'accès de violence pure. La guerre dérègle tout, et particulièrement, elle ravage tout ce que l'on croyait acquis. Nous nous en doutions, mais Ellroy enfonce brillamment le clou.

Nicolas Fanuel

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