PETITS CRIMES SOUS LOUIS-PHILIPPE

VISSIERE, Jean-Louis

Policier & Thriller

Le Masque (Paris), 2010, 266 pages, 8 €

:) :) Vidocq, Dupin et les femmes... - critique complète

Couverture
Couverture du livre: PETITS CRIMES SOUS LOUIS-PHILIPPE

L’amateur de roman à énigme classique aura sans doute déjà rencontré le chevalier Auguste Dupin dans « La lettre volée » et « Double assassinat de la rue Morgue » d’Edgar Allan Poe. Ces nouvelles, fondatrices pour le roman policier, nous dévoilaient une intelligence et un esprit logique hors du commun ! Issu d’une famille aristocratique ruinée par la Révolution, il bénéficiait d’une modeste rente qui lui permettait de louer une maison retirée avec un ami Américain. Celui-ci étant bibliophile, les deux hommes se livraient essentiellement à des occupations d’ordre tabagique, littéraire, et méditative. Vous aurez compris que l’Américain, narrateur anonyme, n’était là qu’en tant que faire-valoir de Dupin, comme Watson l’était de Holmes !

Jean-Louis Vissière nous permet de continuer un bout de chemin avec Dupin durant cette même période de sa vie, et de voir avec quel brio il aurait pu résoudre encore d’autres mystères!

Dans l’œuvre de Poe, un certain préfet de police dénommé G. venait trouver Dupin pour l’aider à démêler une délicate affaire. Chez Vissière, il est clairement nommé en tant que Mr Gisquet, personnage ayant réellement existé.

C’est lui, ou du moins la préfecture de la rue de Jérusalem, qui figure dans la plupart des nouvelles (une petite trentaine au total). Dupin est l’invité d’honneur avec 7 « nouvelles enquêtes » imaginées par l’auteur.

Les fans de Dupin sont sans doute moins nombreux que ceux de Holmes, car la matière originale est moindre, mais ils apprécieront sans doute de le voir restitué si fidèlement. Un lecteur de polars modernes aura par contre un peu de mal à adhérer : il est difficile de voir étalé, en fin de texte, toute une démonstration de logique à laquelle on n’a eu aucune chance de participer. Le lecteur de maintenant a, je pense, plutôt l’habitude d’avoir toutes les cartes en mains concernant l’intrigue, sans savoir quelles seront les décisives. Il aime se dire, lors de la lecture des dernières lignes : « Ah, c’était devant mes yeux et je ne le voyais pas ! ». Autrement dit : on n’aime pas passer pour des imbéciles. Les Holmes, Poirot et autres Dupin nous font, hélas, parfois trop étalage de leurs « petites cellules grises ». Mais vous jugerez en tant que lecteur si cela vous ennuie ou pas.

Les nouvelles consacrées à Gisquet sont plus troubles, et changent la vision d’une police intègre et gardienne de la justice : Il s’agit de cacher le corps d’un amant dont la découverte dans le lit d’une femme mariée provoquerait un scandale, ou de couvrir la réputation d’un meurtrier passionnel, noble de son état. Vidocq, ancien forçat devenu chef de la brigade de sûreté, participe aux manœuvres.

L’auteur nous avertit que l’époque de Louis-Philippe n’était pas si paisible qu’on le croit. Effectivement, Paris était un coupe-gorge, et comptait en 1800 3 policiers pour 1000 habitants (15/1000 aujourd’hui). Nous voulons bien le croire, et pourtant, ce ne sont pas les larcins des malfrats, petits ou gros, qui constituent l’essentiel de ce recueil de nouvelles (celles de Dupin exceptées). Je vous le donne en mille : ce sont les relations adultères ! Car à l’époque, on mariait volontiers les jeunes filles à des cinqua-, voire septuagénaires ! Comme diable voulez-vous ne pas inciter ces pauvres femmes à pécher ? Surtout si le mari trop âgé, devenu stérile, exige un héritier ! Leur motivation est alors tout simplement d’ordre utilitaire ! Attention, il arrivait fréquemment que le maître de maison s’en prenne aussi aux servantes, qui n’avaient pas le droit de résister.

Hélas, « l’adultère n’est criminel que chez les femmes »; « Dans notre société, la femme a toujours tort » dira l’empoisonneuse d’une nouvelle. Si vous conceviez encore quelque doute sur la condition féminine au 19è siècle, vous voilà fixés ! Une autre opinion moins dramatique : Une dame parlant de son amant qui n’accepte pas la fin de leur liaison et menace de tout révéler, cette femme donc, a une phrase succulente : « Lui risquait le bagne, la guillotine, mais moi je risquais encore plus : le déshonneur et la mise en quarantaine par la bonne société ».

Détail cocasse : L’explication que l’on donne au comportement de ces pécheresses n’était pas cherchée dans la différence d’âge entre époux, mais bien dans la lecture des romans, lus par les jeunes filles et mêmes les dames âgées…ce qui ne pouvait leur valoir que des problèmes : Romantisme, passion et mariage d’amour n’avaient pas leur place dans cette société de raison : « Les prédicateurs avaient raison de proclamer en chaire que les romans distillaient dans les âmes féminines les poisons de l’adultère ».

Ces « Petits crimes » sont fort agréables à lire, et ne manquent pas d’humour (la lettre écrite par la jeune Valentine dans « Une nuit de folie » est en cela particulièrement réussie). Ils souffrent sans doute d’une répétition quant à certaines trames (la dame noble se plaignant du harcèlement de l’ouvrier, alors qu’elle-même l’a laissé tomber une fois enceinte, ou l’évocation de revues socialistes (jugées subversives…comme quoi cela a bien changé !).

Encore une fois, cela dépend de votre attente et de vos goûts en tant que lecteur.

 

Barbara Mazuin

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