RHAPSODIE EN NOIR

MCDONALD, Craig (Traduit par Reignier, P.)

Policier & Thriller

Belfond (Paris), Noir, 2010, 447 pages, 20.5 €

:( Ca démarrait bien! - critique complète

Couverture
Couverture du livre: RHAPSODIE EN NOIR

Hector Lassiter, auteur de polars à succès vivant sur l’île de Key West, vient de « lever » une jeune femme dans un bar, de la façon la plus malhonnête qui soit. Il lui propose de l’héberger dans sa maison, le temps qu’un terrible ouragan à venir soit terminé. Rachel Harper accepte, car son amie l’a laissée tomber quelques jours pour partir avec un homme se donner du bon temps.

« Lasso » l’introduit dans son petit cercle d’amis intellectuels, mené par « Papa » Hemingway en personne. Mais un contretemps jette de l’ombre à son tableau de chasse : Le corps d’une jeune femme a été retrouvé étrangement mutilé près du phare : tous ses organes avaient été sortis et emportés, et à la place se trouvaient rouages et engrenages divers. Ce qui fait furieusement penser à un tableau surréaliste…Ce meurtre sordide sera, hélas, le premier d’une longue série.

Voilà un livre qui démarre fort, sur une scène de rencontre prometteuse, et sur une première partie particulièrement réussie : l’ouragan à Key West, et la liaison entre Rachel et Hector. La seconde, située en pleine guerre d’Espagne, tient également la route. Ensuite…ensuite, baisse de régime avec Hollywood en 1947… : Le groupe de surréalistes passant des mots et des tableaux à l’acte physique semble assez peu crédible (ceci est un euphémisme). C’est dans cette partie également que la police et le FBI sont les plus dépendants du bon vouloir (et de la stratégie) de Lassiter. Aucune initiative, aucune trouvaille n’émanent des forces de l’ordre, qui se laissent berner par un auteur de polars tenant toutes les ficelles entre ses mains. Difficile à avaler…

La dernière partie, dans la maison Hemingway à Cuba en 59, n’est profitable qu’au dénouement, et permet un regain d’intérêt pour le grand écrivain américain (on a envie de le relire, pour sûr !).

Vous l’aurez compris, Hector Lassiter est profondément ancré dans le contexte historique (Le maccarthisme compris) mais également pictural et cinématographique (il évoluera dans ce dernier en tant que scénariste). C’est ainsi que Dos Passos, Orson Welles, Rita Hayworth, John Huston…prennent vie et apportent leur contribution à l’intrigue. Craig MacDonald s’est amusé à reproduire leurs habitudes vestimentaires, leurs tics, leur accent, à leur faire boire leur boisson préférée… Au-delà de la recherche documentaire – élaborée sans doute, et de l’amusement que MacDonald a pu en tirer, on voit mal l’intérêt que cela représente, finalement. Seul Hemingway tire son épingle du jeu, et possède une véritable consistance. Les autres auraient facilement pu être remplacés par des quidams.

Tout ceci ne contribue-t-il pas à distraire le lecteur du fil rouge que sont le personnage de Rachel et les meurtres ?

Autre écueil : Les décennies passent, et se résument en trois phrases : Entre-temps, Lassiter s’est marié 4 fois, sa fille (unique ?) est morte, et il a été accusé (à raison) d’avoir tué sa femme. Le temps et la vie ne semblent avoir aucune prise sur lui et sa conscience, sa maturité. 22 ans d’une vie bien remplie auraient dû se marquer un peu plus.

« Rhapsodie en noir » se veut un hommage à James Ellroy, notamment avec l’évocation de l’affaire du Dalhia Noir. Il n’est, hélas, ni aussi mature ni aussi sophistiqué que le maître. Il se voulait sans doute aussi sordide, mais s’éloigne dès que possible de son sujet, cédant à des peopleries inutiles. MacDonald n’entrera jamais dans la cour des grands, mais propose néanmoins un roman noir distrayant (pour autant que l’on passe outre les différences « petites » choses évoquées ci-dessus.

Barbara Mazuin

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