Rouge armé

Gillio, Maxime

Policier & Thriller

Ombres noires, 2016, 352 pages, 19.9 €

:) :) Guerres et conséquences - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Rouge armé

En 1943, l’issue de la Seconde Guerre mondiale ne faisait plus guère de doute : même si elle n’avait pas encore rendu son dernier souffle, l’Allemagne nazie se mourrait lentement et ses ennemis se préparaient à l’hallali. Pour les allemands des Sudètes – ces germanophones majoritaires dans certaines régions de Tchécoslovaquie- la situation devenait tendue : sentant le nazisme sur le déclin, les Tchèques n’hésitaient plus à s’en prendre à ces civils personnifiant des années de privations et de brimades. Forcés à l’exil dans des conditions épouvantables, les Sudètes ne se doutaient pas à quel point ils allaient être mal accueillis dans une Allemagne en ruines. Parmi eux, Anna Koch tente simplement de sauver sa vie et celle de ses deux jeunes garçons.

Parallèlement à cette plongée dans la fin du nazisme, nous suivons la quête, bien actuelle celle-là, d’une jeune journaliste, Patricia Sammer. Dans l’idée de rédiger un article sur les allemands de l’Est passés à l’Ouest en pleine Guerre Froide, elle retrouve la trace d’une certaine Inge Oelze qui, après bien des hésitations, décide de lui raconter son parcours.

 Savant enchevêtrement d’intrigues multiples (celles résumées ci-dessus sont rejointes par d’autres) se déroulant sur plusieurs époques, « Rouge armé » brasse plusieurs thématiques parmi lesquelles celle des Sudètes -à priori peu sexy dans un roman policier- se révèle rapidement captivante, parce que peu connue et étonnamment d’actualité. Comment ne pas penser, en lisant le parcours de ces exilés, aux récits de certains réfugiés arrivés en Europe ces dernières années, au traitement des Palestiniens et, plus largement à la Shoah ? Par la suite, au long des échanges entre Patricia et Inge, ce sont la Guerre Froide, la vie derrière le Rideau de Fer et l’émergence d’organisations terroristes tels que la RAF qui se retrouvent au cœur de l’intrigue. Au cœur des les évènements de la « grande histoire », les histoires familiales et amitiés respectives de Patricia et Inge insufflent au récit rythme, suspense, imprévus et rebondissements. L’on devine que la quête de Patricia n’est pas uniquement professionnelle, que son intérêt dépasse le besoin de rédiger son article et que, quelque part dans les années ’60 se cache le drame qui l’a conduit vers Inge. De son côté, cette dernière, même si elle a accepté de se livrer à la journaliste, semble cadenasser son récit et le cantonner dans des rails dont elle ne serait pas prête de sortir.

 

Un polar dense, sans temps morts, et qui nous a rappelé « Un long moment de silence » de Paul Colize, pour son cadre richement documenté et ses personnages malmenés, voire brisés par les soubresauts de leur époque. Conseillé aux amateurs du genre !

Nicolas Fanuel

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