SERENA

RASH, Ron (Traduit par Vierne, B.)

Policier & Thriller

Le Masque (Paris), 2011, 404 pages, 20.9 €

:) :) Portrait de femme - critique complète

Couverture
Couverture du livre: SERENA

Juste après le krach boursier de 1929, George Pemberton, riche exploitant forestier de Caroline du Nord, ramène de la ville sa toute récente femme, la flamboyante Serena. Si la dame ne correspond pas aux critères de beauté de l’époque, elle impose malgré tout à tous son charisme et son franc-parler. Dès la première rencontre avec les ouvriers de son mari, Madame Pemberton fait montre d’une connaissance du métier et d’une audace qui en étonnent plus d’un. De là naîtra le respect, pourrait-on penser. Pas toujours sûr…

Mais tout comme les arbres tombent obligatoirement sous la coupe des bûcherons, Serena et son mari font fi des obstacles, quels qu’ils soient : le projet d’aménagement d’un parc national, de dangereux crotales, ou de bonnes gens, comme la pauvre petite personne qu’est Rachel Harmon. Elle est tombée enceinte des œuvres de Pemberton, avant que celui-ci ne connaisse l’existence même de Serena, mais n’a jamais espéré en avoir un quelconque dédommagement. Pourtant, lorsque Pemberton fera mine de protéger l’enfant, Serena va laisser se déployer une haine implacable.

Ron Rash est l’auteur de recueils de poésie, de nouvelles, et de romans, tous lauréats de prix littéraires américains. Il nous livre, avec « Serena », un tout grand portrait de femme, digne de la Lady Macbeth de Shakespeare. Elle est le Mal, la froideur incarnés. Point de compassion, de conscience, de doute. Chacun des employés, des associés, ou des rivaux de Pemberton, est en droit de se demander à quelle sauce il va être mangé :

Serena forme avec son mari un duo cruel, mégalomane, à la limite de l’humanité. La nature n’est pour eux que valeur marchande, et Serena ne tarde pas à transmettre à son mari son ambition dévorante : le Brésil, avec ses forêts à perte de vue, et « aucune autre loi que celle de la nature ». Mais si elle admire en lui son courage et sa capacité de tuer (elle l’y poussera d’ailleurs dans une première scène magistrale), elle use en contrepartie d’un moyen infaillible pour le garder sous sa coupe : une sexualité totalement désinhibée, insolite à l’époque. Le couple ne fait pas l’amour mais s’accouple, comme des bêtes sauvages.

Mais jusqu’où son mari sera-t-il prêt à la suivre ? Là réside tout le suspense et le talent de Rash. Une nature magnifique mais cruelle, des relents de sorcellerie, un homme de main dévoué,…contribuent à rendre ce roman âpre, mais unique, original. Et, toujours, cette vision de Serena montée à califourchon sur son étalon arabe blanc comme neige, portant au bras un aigle apprivoisé…

Barbara Mazuin

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