Si tous les dieux nous abandonnent

Delperdange, Patrick

Policier & Thriller

Gallimard , Série Noire, 2016, 240 pages, 17 €

:) :) Descente - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Si tous les dieux nous abandonnent

Patrick Delperdange est l’auteur d’une tripotée de romans, dont le fameux “Chant des gorges” qui remporta, en 2005, le prix Rossel. Belge, il publie pour la première fois un titre dans la Série Noire avec ce “Si tous les dieux nous abandonnent” qu’il situe dans une improbable région campagnarde, peu accueillante, aux paysages sombres, boisés et boueux. On y suit le parcours de trois personnages, à commencer par Céline, jeune fille paumée, fuyant on ne sait qui ou on ne sait quoi et qui échoue chez Léopold, vieillard n’ayant plus aucune raison de vivre, sauf, on le comprend au fur et à mesure du déroulement du roman, celle de régler quelques comptes avec son passé. Josselin, le troisième larron, vit à quelques pas de chez Léopold, dans la ferme de son cinglé de frère Maurice. Incultes, asociaux, les deux frères développent chacun leur propre folie : à la simplicité désarmante et sans malice de Josselin répond la hargne envieuse et vengeresse de Maurice. L’arrivée de Céline chez leur voisin Léopold va réveiller de vieilles histoires, sur lesquelles le charme de la jeune fille ne fera que jeter une huile finalement dévastatrice.

Le feu couvait sous la boue des fossés et dans les chemins boisés parcourus par les trois hommes dans leurs vieilles guimbardes. L’irruption d’une jeune citadine, pas particulièrement sophistiquée, mais jolie, intelligente et décidée au milieu de ces trois-là, eux qui n’ont plus rien vu d’aussi sexy en vrai depuis des années s’imposera comme l’élément déclencheur de cette intrigue poisseuse, dégoulinante de misère sociale, sentimentale et culturelle. Mais c’est comme s’ils n’attendaient que cela, de sortir de leur immobilisme : Léopold, au bout du rouleau mais perclus de regrets; Josselin, convaincu sans trouver les mots que quelque chose dans sa vie cloche depuis le début et Maurice, habité d’une haine rancie par le temps. En une succession de courts chapitres menés tantôt par Céline, Josselin ou Léopold, Delperdange déroule implacablement son intrigue en forme de pente sans fin. A aucun moment ses protagonistes ne saisissent l’occasion de bifurquer, alors qu’ils en ont l’opportunité, comme si aller jusqu’au bout des emmerdes était pour eux la seule voie possible. Il y a bien quelques passages où surnage un rien de drôlerie due au vocabulaire basique de Josselin et aux situations annexes dans lesquelles il s’empêtre, mais dans l’ensemble, le style compact, ramassé et sans fioriture de l’auteur n’adoucit rien de son propos. Un pur roman noir de bouseux. 

Nicolas Fanuel

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