Soleil rouge

McBride, Matthew (Traduit par Bury, Laurent)

Policier & Thriller

Gallmeister, 2016, 224 pages, 21 €

:) :) Les ravages de la drogue - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Soleil rouge

Donald Ray Pollock (l’auteur de « Le diable de tout le temps » et, plus récemment de « Une mort qui en vaut la peine »), l’a constaté : une « épidémie de drogue fait rage dans le Midwest ». Le comté de Gasconade ne fait hélas pas exception à ce constat. La pauvreté y côtoie la misère sociale et morale : tout est bon pour se faire du fric, du braquage au vol, en passant par le trafic de drogue, à petite (on fait pousser quelques plants de cannabis le long de la rivière) ou grande échelle (on engrange des milliers de dollars dans le revente). Le portrait des habitants brossé par Matthew Mc Bride, l’auteur de ce « Soleil rouge » frôle – à quelques rares exceptions – la noirceur absolue, comme si le pire ne pouvait y alterner qu’avec le moins pire. Les trafiquants étant, la plupart du temps, également des consommateurs, le peu de morale qui pouvait leur rester se retrouve rapidement dilué dans les effluves de leur consommation quotidienne. Plus aucune forme de violence ne semble inaccessible à ces paumés en état de dépendance permanente, et personne ne peut se sentir à l’abri de leur champ d’action.

L’intrigue imaginée par Matthew McBride débute avec la découverte fortuite par Dale Banks, shérif adjoint du comté, d’une importante somme d’argent dans la caravane d’un délinquant notoire. Pas le mauvais bougre, Banks voit néanmoins tout de suite les « bonnes choses » que ces dollars lui permettraient de faire : venir en aide à sa fille handicapée, envoyer son fils en voyage scolaire, puis penser à l’université…toutes billevesées qu’un père envisage pour sa progéniture. Expérimenté, Banks se doute que la disparition du fric entrainera des conséquences. Il croit les envisager toutes, ainsi que les moyens de les résoudre. Mais la gangrène de la came a touché plus de gens qu’il ne redoutait et le prix à payer sera plus élevé que prévu.

Comme dit plus haut, à quelques rares exceptions, les personnages de McBride se révèlent tous infligés d’un sérieux déficit cognitif. Toutefois, ils sont loin d’être tous coulés dans le même moule, et l’auteur excelle à mettre en scène cette diversité dans la méchanceté, la violence et la bêtise dont les humains sont capables. La palette est large et les interactions entre les différents morceaux de cette brochette de dégénérés ne fait qu’y gagner en richesse, en spontanéité et en crédibilité. Rarement (sauf peut-être justement dans les romans de Pollock) on aura eu l’impression de toucher aussi puissamment le fond de la bassesse humaine. Sa mise en scène enlevée, dans un style sans fioriture et au cœur d’une intrigue tortueuse, violente et dépourvue de concession, augmente encore la force de frappe du texte. On en ressort lessivé et troublé par la certitude que l’auteur s’est sans doute largement inspiré de la réalité.

 

Nicolas Fanuel

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