SOUVENEZ-VOUS DE MOI

PRICE, Richard (Traduit par Martinache, J.)

Policier & Thriller

10/18 (Paris), Domaine policier, 2010, 599 pages

:) :) :) On s'en souviendra, c'est sûr! - critique complète

Couverture
Couverture du livre: SOUVENEZ-VOUS DE MOI

 

A défaut d’être un grand écrivain (écrivain tout court suffirait), Eric Cash gère un restaurant qui a son petit succès dans le Lower East Side. Ce quartier de Manhattan est en pleine mutation : autrefois exclusivement juif, à présent habité par une faune composée de cas sociaux, d’immigrés et de dealers, il se transforme peu à peu avec l’arrivée de jeunes familles friquées, tendance bobo, que la proximité avec Wall Street séduit.

 

Lors d’une tournée des bars en compagnie d’un de ses employés et d’une vague connaissance, Eric Cash tombe sur deux petites frappes qui en veulent à leur portefeuille. La situation dérape, un coup part, un homme tombe.

Cette version, donnée par un Cash sous le choc, est vite démentie par deux témoins. De plus, de nombreux détails ne collent pas. Sous couvert de demandes d’éclaircissements, Matty Clark et Yolonda Bello embarque Cash, considéré naturellement comme étant le suspect numéro un.

En n’étant pas très avancé dans sa lecture, le lecteur distrait pourrait prendre « Souvenez-vous de moi » pour un roman policier brut, collant à l’enquête heure par heure : bouclage de la scène de crime, premiers relevés, premiers interrogatoires, la famille du défunt à gérer… Pas d’ellipse temporelle, même si le centrage se fait sur des personnages différents (peu, en vérité). Mais, vous le savez, soit parce que vous connaissez son œuvre, soit parce que vous avez lu le précédent EN et la critique de « Frères de sang », une œuvre de jeunesse, Richard Price n’écrit jamais «qu’» un roman policier. Situant toujours ses intrigues dans les quartiers populaires de New York (il provient du Bronx), il en dresse un portrait profondément humain, subtil et poignant. Ici on sait rapidement qui a tué, et dans circonstances. Le « who done it » n’intéresse pas Price. Ce qu’il cherche, c’est le pourquoi. Qu’est-ce qui a amené ce jeune gars qui n’avait jamais tué personne à presser la détente ? Dans quel univers vit-il ? Quelles étaient (avant le crime) ses perspectives d’avenir ? Qu’est-ce qui a foiré dans sa vie ?

Cette dernière question, fondamentale, Price la pose pour d’autres protagonistes.

Délaissant la question raciale déjà traitée avec brio dans « Ville noire, ville blanche », « Souvenez-vous de moi » parle des relations humaines, et plus particulièrement de ces familles, nombreuses, où, un jour, quelque chose a foiré, quelqu’un a « merdé ». De là a découlé une situation inextricable, vieille de plusieurs années à présent, où chacun voit ses proches et lui-même s’enfoncer, sans parvenir à réagir pour autant. C’est de cette incapacité au dialogue et au pardon dont veut nous parler Richard Price. Et il le fait magistralement, notamment via Matty Clark et ses fils, Billy Marcus et sa famille. Sous une apparence brut de décoffrage, Richard Price est un orfèvre…

Tant qu’à évoquer les personnages, l’inspectrice Yolonda est une présence féminine particulièrement réussie, car bien typée. Elle colle vraiment bien au propos.

Saluons également l’apparition récurrente d’une unité de police singulière, qui sévit de façon collatérale : le groupe d’intervention « Qualité de la Vie » ! A entendre cette appellation, on s’imagine être dans un thriller d’anticipation. Piquant !  

Barbara Mazuin

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