Tabous

THIERY, Danielle

Policier & Thriller

Ombres noires, 2016, 445 pages, 20 €

:) :) Histoires sans héros - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Tabous

La double disparition dont avait été saisie la PJ de Bordeaux se révélait tellement inquiétante que le procureur de la République avait immédiatement fait appel à l’Office Central pour la Répression des Violences faites aux Personnes (OCVRP) à Paris. Les disparues étaient une jeune mère, Célia Meddi-Laporte, et sa fille d’à peine quatre mois, Roxane, toutes deux vues pour la dernière fois à la maternité de l’hôpital de La Teste-De-Buch. La directrice de l’Office, la commissaire Marion, décide contre toute attente (on est à trois jours de Noël et il est inhabituel qu’une haut gradée comme elle se rende sur le terrain) d’accompagner son équipe sur place. La route est longue et Alix de Clavery, la jeune psy nouvellement débarquée à l’Office, la met à profit pour compulser les premiers rapports établis par les flics bordelais. Elle y apprend que la famille de la jeune mère est propriétaire d’une florissante scierie et ne manque donc pas de moyens. Du côté de l’époux de celle-ci, pas de problème financier non plus puisque Cyrus Meddi, de nationalité iranienne, héritera sans doute un jour de la fortune son père, propriétaire d’une chaine hôtelière mondiale. Si les finances ne semblent donc pas poser de problème, la psy compte bien investiguer ailleurs, du côté des relations intrafamiliales. Et là, effectivement, ses découvertes ne manqueront pas d’étonner ses collègues.

Première femme commissaire divisionnaire de l’histoire de la police française, Danielle Thiéry compte déjà une jolie série de polars à son actif. Elle y met en scène Edwige Marion, la responsable de l’OCVRP, ainsi que toute son équipe, sans donner à l’un de ses membres une place prépondérante. Et c’est sans doute ce qui frappe en premier lieu ici : l’absence de héros, de personnage emblématique qui serait l’acteur principal, le moteur de l’intrigue. L’auteur a sans doute trop d’années d’expérience pour croire qu’un tel personnage puisse démêler à lui seul les affaires qu’elle nous livre. Car voici la deuxième caractéristique évidente du roman : son intrigue nous paraît éminemment plausible. L’horreur qu’elle distille tient en une violence banale, exercée par des personnages qui pourraient être nos voisins et dont certains échantillons se retrouvent tous les jours dans la presse à sensation –en version édulcorée. Tout aussi banale est la méthode dont les flics usent pour tenter de démêler l’affaire criminelle à laquelle ils sont confrontés, au point qu’elle tient en un seul mot : procédure. Oui, nous sommes bien ici dans un « Police Procedural » à la française, un genre littéraire dont l’auteur américain Ed McBain (« Les Enquêtes du 87e district ») fut un des plus doués représentants. La connaissance aigue des travers humains dont l’auteur fait ici montre se voit mise en scène dans un style épuré à l’extrême, avec une absence totale de sensationnalisme, que ce soit dans le vocabulaire employé ou dans les situations dépeintes. Avis aux amateurs de sensations fortes : si Danielle Thiéry ne manque pas d’en distiller, elle puise aux sources de la bêtise, du manque d’empathie et d’une méchanceté simplement humaine. Ce qui ne la rend pas moins effrayante.

 

Nicolas Fanuel

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