THE MAIN

TREVANIAN (Traduit par Bré, R.)

Policier & Thriller

Gallmeister, Noire, 2013, 382 pages, 23.6 €

:) :) Pour vivre dignement, vivons cachés - critique complète

Couverture
Couverture du livre: THE MAIN

Ne cherchez pas sur le Web une photo de Trevanian : Tel un Banksy de la littérature, il n’a jamais posé pour une seule. Pire encore : Il n’a jamais donné d’interview*, fait sa promo. Ses ouvrages sont pourtant traduits dans une quinzaine de langues ! Oh, on a bien tenté de mettre un nom, à défaut d’un visage, derrière le pseudo. Ludlum, Wolfe, Clancy,…ont ainsi été pressentis. Un homme se fait même passer pour lui à une époque, avec son accord : le quidam rêvait de notoriété, tandis que l’écrivain affirmait par là sa volonté de vivre caché. Vingt ans à entretenir le mystère…On apprendra finalement que c’est Rodney Williams Whitaker , prof d’unif se servant de plusieurs pseudos comme de son nom, afin que son œuvre ne soit pas uniforme et guidée par les ambitions et besoins éditoriaux. La liberté avant tout... Soit. L’œuvre, venons-y. Née d’un touche-à-tout, inclassable, composée d’ouvrages sur le cinéma – qu’il enseignait, de romans (espionnage, westerns, polars,…), nouvelles. L’excellente Gallmeister s’applique à rééditer aujourd’hui ces derniers. Intéressons-nous pour l’heure à « The Main ». Paru en 1976, il évoque par son titre (à prononcer à l’anglaise) ce quartier de Montréal, fréquenté la veille des 70’s par une population bigarrée, faite de clodos (les « robineux » comme on dit là-bas), de migrants fraîchement débarqués dans un Nouveau Monde qu’ils espèrent en tout cas meilleur, d’escrocs et de prostituées profitant de ces grands naïfs. Heureusement, le lieutenant Claude Lapointe veille au grain, de manière parfois robuste et peu orthodoxe. L’homme est veuf, endurci, et n’a que peu de distractions. Un flic comme on les aime : solitaire et trempé dans de l’acier, à l’ancienne. La jeune recrue qu’on lui colle pour éclaircir un meurtre l’encombre, gène ses méthodes, dont elle annonce la fin de règne. De là découle un roman noir teinté de nostalgie et intemporel : on pourrait tout aussi se trouver dans le Londres brumeux du 19ème siècle. Le style est enlevé, les dialogues soignés (Ah, les discussions ontologiques lors des parties de cartes avec les copains !), l’humour grinçant. Trevanian était un maître. Il est décédé en 2005. (B.M.)

*Excepté un entretien téléphonique en 1979, lors de la sortie de « Shibumi », et deux fax pour la publication de « An incident at eighty miles », en 1998. C’est à cette occasion que son identité fut établie.

Barbara Mazuin

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