Trilogie des ombres : tome 1 : Dans l'ombre

INDRIDASON, Arnaldur (Traduit par Boury, Eric)

Policier & Thriller

Métaillé, 2017, 343 pages, 21 €

:) :) :) Agents troubles et trahisons - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Trilogie des ombres : tome 1 : Dans l'ombre

Un homme est retrouvé assassiné dans une chambre de location à Reykjavik.  L’inconnu a été froidement exécuté, et une croix gammée a été tracée sur son front, à l’aide de son sang. Le locataire des lieux est activement recherché. D’origine allemande, Felix Lunden est représentant de commerce et voyage pas mal dans le cadre de son métier. Une situation bien commode, sans doute, surtout qu’en 1941, l’Islande est fort prisée par les soldats britanniques et américains.

Flovent se voit chargé de l’enquête, avec l’aide d’un représentant de la police militaire, Thorson. Il s’agit d’une collaboration forcée avec les troupes d’occupation car la balle, et donc l’arme du crime, est américaine. Thorson est un Islandais de l’Ouest, c’est-à-dire un Islandais d’origine élevé au Canada. Il maîtrise tant l’anglais que la langue nordique.

Le contre-espionnage de l’armée américaine, dont il dépend, le presse afin de pouvoir reprendre l’enquête. La police islandaise suscite peu leur confiance. Surtout que l’on évoque avec le plus grand secret la possibilité d’une visite de Winston Churchill en Islande.

Le propos d’Indridason est intéressant à plus d’un titre.

D’abord il rend compte d’une période de l’histoire islandaise plutôt trouble : l’occupation de l’île non par l’ennemi mais par les troupes alliées.  Imaginez, des soldats britanniques et américains débarquant en nombre sur une terre isolée à la limite du cercle polaire... Il n’est pas loin de dire que de nombreux Islandais n’avaient jamais rencontré de continentaux ! Indridason fait part d’une « innocence  sacrifiée ». L’expression n’est pas galvaudée. Nombre d’évènements s’y produisent en ces temps de conflits, qui eurent été impensables avant.

Chacun, dès lors, va devoir s’adapter. En fonction de ses affinités (familiales ou « philosophiques ») avec les Allemands (surtout que certains espéraient sans doute une victoire et donc une invasion allemande…), par exemple. Les Britanniques suscitent aussi la méfiance, eux dont la mentalité diffère de celle des autochtones,…De jeunes Islandaises, comme dans l’histoire de toute occupation militaire, voient là l’occasion de penser à un ailleurs moins misérable. Quitter la campagne et aller vivre à Reykjavik constituaient déjà un idéal. Mais suivre un soldat anglais – ou mieux encore, américain ! - chez lui lorsque la guerre sera finie, ça, c’est encore autre chose ! Avec pudeur, les Islandais nommèrent ce type de relations « la situation ».

A l’inverse, certains soldats y voient une opportunité de s’amuser. Thorson travaille d’ailleurs dans une brigade de surveillance des mineurs chargée de veiller sur les jeunes filles trop candides.

L’autre axe narratif intéressant provient justement de Thorson, personnage situé entre deux cultures, qui porte un regard plus nuancé sur les Islandais.

Ce vivier d’intrigues et de possibles est aux mains d’un maître du polar, Arnaldur Indridason. De nombreux rebondissements émaillent le récit, mis en scène avec maîtrise : interrogatoires parallèles, fantômes du passé…Tout se tient admirablement, suscitant une addiction certaine.

« Dans l’ombre » est le premier tome d’une trilogie. Le second titre « La femme de l’ombre » paraît en octobre 2017. Et chez Encre noire,  nous disons « Vivement ! »

Barbara Mazuin

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