Un futur plus que parfait

Soulié, François-Henri

Policier & Thriller

Masque, 2017, 248 pages, 7.9 €

:) :) En quête de terroir - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Un futur plus que parfait

En charge des pages culturelles du Courrier du Sud-Ouest, Skander Corsaro se voit mandaté par son patron pour couvrir la découverte d’une statue vieille de 15000 ans dans la grotte de Combéjac. Arrivé dans le village de Mont-Rouquel, sur le territoire duquel est situé la grotte, Skander prend la mesure de l’ennui qui le guette : avec son unique brasserie et son épicerie esseulée sur la place, la zone n’offre que peu de possibilité de tirer profit de ce séjour professionnel. Un événement hors norme va toutefois remuer l’apparente tranquillité des lieux : la disparition d’une gamine, celle-là même que Skander avait, le jour précédent, pris en stop pour arriver jusqu’au village. Se sentant concerné, le journaliste va mener sa propre enquête. Ses premières investigations mettront au jour la présence d’une secte d’illuminés dont les parents de la jeune disparue étaient membres, ainsi qu’une querelle de longue haleine entre partisans de l’ancien maire –décédé dans de mystérieuses circonstances- et soutiens de l’actuelle mairesse, par ailleurs pharmacienne du patelin.

Un polar en milieu rural, garanti sans tueur en série ni cadavres mutilés, loin donc d’une noirceur prédominant actuellement dans le genre. Un polar en milieu rural, certes donc, mais qui plaira pourtant certainement plus aux amateurs de San Antonio (le sexe en moins), d’Agatha Christie (l’humour déjanté en plus) et d’Audiard (la saveur de certains dialogues garantie presque d’origine) que de Marie-Bernadette Dupuy ou de Françoise Bourdin. Skander Corsaro –dont il s’agit ici de la deuxième enquête- est un personnage original et attachant, sans doute en raison des défauts qu’il se plait à cumuler. Jugez-en plutôt : atteint de narcolepsie, il a le chic pour tomber endormi dans les rares moments de stress que compte le roman ; hyper-émotif, c’est en larmes qu’il relate l’avancement de son enquête ; avec son « minois méditerranéen », il s’attire la méfiance et même le racisme décomplexé des ruraux du coin ; son meilleur pote est homosexuel ; il fume et ingurgite de l’alcool sous toutes les formes qui se présentent à lui, à toute heure du jour. Ah oui, last but not least : Skander n’a pas de petite amie attitrée mais il est amoureux fou d’un fantôme et il philosophe avec son poisson jaune (ou orange ?). Les rôles secondaires se révèlent tout aussi gratinés, entre les tenanciers de l’auberge qui se coltinent 4 épisodes de Colombo d’affilée et la fille de la maire qui jure comme une charretière, on trouve aussi un ancien acteur de cinéma qui se déguise et récite des vers à toute heure du jour dans le patelin. Vous l’aurez compris, les amateurs d’un suspense haletant ne tiendront pas trois pages dans ce roman qui sent bon la belle langue française, les réparties à deux balles hilarantes (« appelez-moi Tonio, quand on dit Mr Crouzel, j’ai l’impression que mon père est derrière moi ») et aussi, si si, des vrais sentiments d’amitié et d’amour qui sonnent juste. Extrêmement drôle, le scénario se révèle finalement bien plus profond qu’il n’en laisse paraître et évite intelligemment le happy end facile. Il va même jusqu’à laisser un léger et fort plaisant goût d’amertume en bouche, preuve que son auteur, sous des dehors de joyeux drille, n’en garde pas moins une vision ultra-réaliste du genre humain. Savoureux !

Nicolas Fanuel

Commentaires

Il n'y a aucun commentaire. Soyez le premier à ajouter un commentaire !

Poster un commentaire

Nom:
Adresse email:
Site web:
Combien font quatre plus cinq?
Poster