Valet de pique

OATES, Joyce Carol (Traduit par Seban Claude)

Policier & Thriller

Points, 2018, 240 pages, 7 €

:) :) Pique et pique! Le collègue rame... - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Valet de pique

Andrew Rush est un écrivain à succès. Qui plus est, il baigne dans une atmosphère familiale idyllique. Et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes s'il n'était pas brutalement accusé de plagiat par une espèce de folle furieuse, C.W. Haider, qui porte l'affaire jusqu'au tribunal.La plaignante est vite déboutée, elle est coutumière du fait puisqu'elle s'en est déjà prise à Stephen King, Dan Brown et autres grands vendeurs de livres devant l'Eternel.

L'histoire aurait du se tasser si une petite voix dans la tête de Rush n'avait de cesse de le torturer et de l'inciter à aller voir plus loin, les raisons et les motivations de cette femme psychotique.Cet habitant tentateur, c'est le Valet de Pique, le pseudonyme que Rush emploie pour écrire des thrillers très violents, pervers et provocateurs, des textes aux antipodes de sa production habituelle où l'élégance se dispute à une langue affinée. Rush s'est ingénié à garder le secret de son double, vis à vis de sa famille et aussi de son éditeur.

Mais lorsque sa fille tombe par hasard sur un des romans de ce sombre pisse-copie et qu'elle y découvre la description d'un épisode douloureux de sa propre vie, le doute s'installe. Non pas autour de son père - qui, elle le sait, serait incapable d'écrire de telles horreurs - mais autour d'un quidam qui en saurait un peu trop sur leur famille et qui pourrait se révéler menaçant.Pour Rush, tourmenté par son hôte cérébral, la menace reste bel et bien cette C.W. Haider et il décide de s'introduire chez elle pour découvrir son univers de psychopathe. Or, il ne tarde pas à mettre la main sur des manuscrits, vieux de plusieurs années, qui portent cependant les intrigues de quelques romans actuels bien connus, dus à des auteurs en vue. Il y aurait-il une part de vérité dans le délire de la femme ?

Ayant emprunté quelques documents et des tirages originaux d'éditions de valeur dénichés dans la bibliothèque de Haider, Rush est en proie à un certain remords et il envisage une seconde équipée pour aller remettre en place les produits de son larcin. Rien ne va évidemment tourner comme prévu...Si Joyce Carol Oates cite au moins dix fois le nom de Stephen King dans ce court roman, c'est très certainement pour lui rendre un certain hommage. Son intrigue de base ressemble à "La Part des ténèbres" du Maître de Bangor - la coexistence de deux écrivains antinomiques dans un seul être - mais là où le récit débouchait sur le fantastique le plus invasif chez l'un, chez la Dame de Lockport, c'est plutôt à une analyse psychologique que l'on est invité. Très vite, on s'attache à cet écrivain en proie à une remise en question de son génie créateur et à sa lente descente vers la déviance sociale.Si on aime Joyce Carol Oates pour ses grandes sagas familiales ou ses explorations en profondeur des strates sociales américaines, on risque d'être un peu déçus par cet opus qui, à l'instar de titres comme "Le Mystérieux Mr Kidder" ou "Zombie", apparaît comme une escarmouche, une parenthèse dans une oeuvre si prolifique et unanimement reconnue. Par contre, les amateurs des récits rapides, coups de poing, qui frappent juste et bien seront à la fête et regretteront sans doute la brièveté du voyage. Qu'à cela ne tienne, il y a tant d'autres occasions de goûter à la langue et à l'imagination de cette grande dame de la littérature américaine, qui a atteint quand même l'âge de 80 ans !

Eric Albert

Commentaires

carchon il y a 11 jours

Poster un commentaire

Nom:
Adresse email:
Site web:
Combien font quatre plus cinq?
Poster