VENISE, SUR LES TRACES DE BRUNETTI

SEPEDA, Toni (Traduit par Khalifa, J.-C.)

Policier & Thriller

Calmann-Lévy, 2010, 329 pages, 20.5 €

:) O sole mio... - critique complète

Couverture
Couverture du livre: VENISE, SUR LES TRACES DE BRUNETTI

 Venise, sur les traces de Brunetti : 12 promenades au fil des romans de Donna Leon / Toni Sepeda ; traduit de l’anglais par Jean-Charles Khalifa et William-Olivier Desmond. – Calmann-Lévy, 2010. – 329 pages. – 20,50 euros.

Pourquoi diable avoir choisi de lire ce livre, moi qui ne mettrai jamais les pieds à Venise, et qui n'ai jamais lu Donna Leon...? Enfin, si, mais c’était « Sans Brunetti », recueil de chroniques satirico- sociales, et non pas une enquête du Commissaire Brunetti.

Eh bien, justement, quelle manière plus agréable de tenter de pénétrer une œuvre littéraire, de découvrir l'univers installé autour d'un personnage fétiche, que ces promenades suggérées par Toni Sepeda ?! Elle est l’amie de Donna Leon, et, comme elle, Américaine exilée volontaire dans la Cité des Doges. Et via Toni Sepeda, n’est-ce pas Guido Brunetti lui-même qui nous emmène visiter sa ville ? Les fans de la série seront heureux que leur héros favori les prenne ainsi par la main. Quant aux autres, dont je fais partie, ils trouveront la visite fort instructive. Attention, ceci n’est pas un Guide Vert qui va vous encombrer de dates et de détails historiques ! Il s’agit seulement d’une invitation à lever les yeux, à observer avec plus d’attention ce qui fait d’une ville qu’elle est agréable ou pas : la politique urbanistique, les habitants, le décor, les marchés, les bonnes adresses de restaurants ou de bars…

12 itinéraires, couvrant les 6 divisions administratives (les sestieri) et renvoyant aux 15 premiers romans de Leon. A chaque chapitre correspond un thème ; l’auteur indique via un plan l’itinéraire en question, ainsi qu’une estimation de temps (une heure en moyenne). Brunetti nous montre le chemin via de nombreux extraits de romans, car le Vénitien de souche, même s’il ne fait plus attention au chemin à prendre pour aller de tel endroit à tel autre, profite souvent de ses pérégrinations pédestres ou fluviales pour admirer la Cité, mais aussi pour se désoler des conséquences du tourisme. Non pas seulement à cause de l’affluence qui lui fait ralentir sa course dans les ruelles étroites, mais parce que les commerces de proximité ne le sont plus : Pourquoi cette cordonnerie a-t-elle disparue au profit d’un énième magasin de souvenirs ? Pourquoi avoir repoussé aux abords de la ville écoles et hôpitaux, au profit de snacks et de restaurants médiocres au prix surévalués ? De nombreux Vénitiens quittent la ville également à cause des loyers fort élevés.

Donna Leon a toujours posé, via son personnage, un regard critique sur la société italienne, et vénitienne en particulier. D’ailleurs, elle refuse que ses ouvrages soient traduits en italien, pour ne pas subir les foudres de la presse ou du public, qui pourrait mal interpréter ses propos, sans avoir lu ses livres. (Si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous recommander l’excellent ouvrage d’Arild Molstad, « Où partir avant qu’il ne soit trop tard ? » (La Découverte, 2009), qui traite des bienfaits et méfaits du tourisme de masse, et de l’avenir (si l’on peut dire) de lieux tels que Dubaï, Bali, le Maroc, la Croatie. Il consacre un chapitre fort intéressant à la ville de Venise).

Mais soyons plus positifs, ou du moins plus anecdotiques Venise est unique ! Connaissez-vous une autre ville où la brume et la marée influence à ce point les trajets des piétons, jusqu’à les forcer à l’attente durant des heures ?! Pouvez-vous citer un autre lieu aussi labyrinthique, où rues et ruelles ne répondent à aucune logique, où il faut sans cesse calculer son itinéraire, afin qu’il comporte le moins de ponts possibles ? Donna Leon elle-même, après plusieurs décennies d’allées et venues quotidiennes, croit prendre des raccourcis qui n’en sont pas ! Venise semble également détenir le record des illégalités urbanistiques : fenêtres improbables ou obstruées parce que l’habitant le préférait ainsi, étages ajoutés (le logis de Brunetti a ainsi été bâti sur le toit d’un immeuble dans les années 50), pièces « volées » à la faveur d’un bâtiment voisin inoccupé,… Que d’histoires regorge Venise !

Je le répète : Ce livre est une merveilleuse porte d’entrée (si pas un hommage) vers les enquêtes du Commissaire Brunetti ! J’ai pour ma part passé toute ma lecture à me demander lequel j’allais lire en premier ! Vous remarquerez que l’histoire ne dit pas sur lequel mon choix s’est finalement porté !

 

Barbara Mazuin

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