VERITE

TEMPLE, Peter (Traduit par Baril, S.)

Policier & Thriller

Rivages, Thriller, 2012, 443 pages, 23.5 €

:) :) :) :) Entre deux feux - critique complète

Couverture
Couverture du livre: VERITE

La première affaire concernait le cadavre d'une jeune femme non-identifiée, retrouvée gisant dans la salle de bain d'un appartement, situé au cœur d'une toute nouvelle tour ultra-sécurisée dans un quartier huppé de Melbourne, et dont le propriétaire était inconnu. Nommé depuis peu à la tête de la brigade Homicides, le commissaire Villani sentit dès les premières constatations les pressions politiques pointer le bout de leur nez. La tour appartenait à un homme d'affaire lié à d'importants bailleurs de fonds, eux-mêmes constamment connectés avec les milieux politiques. En ces temps d’élections municipales, la majorité en place à la ville n'avait pas besoin d'un scandale mettant en cause la probité de ses amis financiers. Qu'importe à Villani si le coûteux système de sécurité de la tour était en cause ou si certains hommes d’affaires avaient des liens avec la victime : rien ni personne ne l'empêcherait de remuer la fange, quitte à éclabousser ceux qui se trouveraient trop près. Mais, alors qu'il commence seulement à dégager des pistes pour cette enquête, une deuxième affaire lui échoit de manière brutale : trois hommes torturés et assassinés dans un garage de banlieue. Même si ces trois-là sont rapidement identifiés comme membres de la pègre et que leur mort -aussi atroce soit-elle- ne provoque aucun regret parmi ses confrères, Villani ne compte pas pour autant bâcler ses investigations.

Soyons francs et clairs : les premières pages de ce roman sont au minimum désarçonnantes : Peter Temple y plonge abruptement son lecteur dans un bain de noms de personnages, de souvenirs d'affaires passées et de faits plus récents dont on ne sait s'ils se révèleront importants dans la suite de l'intrigue. Point ici d'introduction ni de temps de présentation des acteurs ou du cadre spatio-temporel. Brut de décoffrage. Et le lecteur à la mémoire défaillante que je suis de commencer à noter frénétiquement les noms, de les croiser et de les connecter selon les minces indices de liens entre eux que l'auteur consent progressivement à livrer. Mais une fois ces quelques pages passées et l'écriture elliptique de Temple apprivoisée, l'effort se délite : ne reste qu'un pur plaisir de lecture. Les phrases courtes et nourries d'un humour à froid, sec et parfois noir sont plus qu'un moyen de nous entraîner au cœur d'une intrigue foisonnante et touffue : elles sont l'intrigue, se confondent avec elle, l’'une perdant sans doute sa saveur sans les autres. Alchimie parfaite. L'histoire frappe par sa complexité, les entrelacements imprévus de ses lignes de force, leurs nœuds évidents et leurs non-dits laissés à l’interprétation du lecteur. En première ligne, les deux enquêtes menées par Villani, aux ressorts somme toute assez classiques mais relevés par un découpage sans pitié pour l’inattention, et la brillance d’un style épuré à l’extrême qui rappelle parfois l’auteur anglais du "Red Riding Quartet", David Peace, également publié chez Rivages. Vient ensuite l'histoire familiale et personnelle du commissaire. Sa relation avec sa femme et ses enfants, d’apparence classique aussi, mais rapidement relevée par la lucidité de Villani : s’il se sait responsable des dérives, il ne se fait aucune illusion sur son incapacité à mener sa vie autrement. Son amour sincère de ses enfants n’a d’égal que sa passion à résoudre ses enquêtes. Autre lien familial : ce père vivant dans un trou perdu de la campagne, à qui il reproche -silencieusement- de ne lui avoir offert qu'une enfance de labeur. Temple semble ici avoir réussi la parfaite fusion entre les possibles natures d’une telle relation : admiration silencieuse, réprobation évidente, incompréhension, envie, complicité, culpabilisation : autant de traits qui caractérisent, cahin-caha, le lien entre les deux hommes. Au fur et à mesure de l’avancement de l’enquête, Villani suit, via la presse, la progression d’un gigantesque incendie encerclant progressivement la maison de son enfance et de laquelle son père s’obstine à ne pas s’en aller. Métaphore de sa propre vie dans laquelle il se sent petit à petit acculé professionnellement et affectivement, l’incendie menace non seulement son père mais également le réceptacle de ses souvenirs d’enfance : la maison et surtout, la forêt qui l’environne, plantée de ses propres mains avec ce père si exigeant. Pierre angulaire du roman, la relation entre Villani et son père se révèle à ce point prépondérante pour ce dernier que son évolution pourrait même faire basculer l’intrigue criminelle. Elle illumine tout le roman de Temple, rayonne encore bien longtemps après sa lecture et place d’emblée son auteur dans mon petit panthéon personnel.

Nicolas Fanuel

Commentaires

Il n'y a aucun commentaire. Soyez le premier à ajouter un commentaire !

Poster un commentaire

Nom:
Adresse email:
Site web:
Combien font quatre plus cinq?
Poster