ALBERT !

VINCK, Willy

Science-Fiction

Chloé des Lys, 2010, 319 pages, 26.4 €

:) :) :) "Je marcherais tout doucement vers une fontaine..."* - critique complète

Couverture
Couverture du livre: ALBERT !

Un type, le narrateur, descend dans les toilettes d’un bar, où se trouve déjà une sorte de malabar en train de déféquer. Celui-ci termine, remonte les escaliers…avant de descendre précipitamment : il n’y a plus personne, là-haut ! Tout le monde a disparu : Les voitures sont restées au milieu de la rue, comme abandonnées. Pas de signe d’une quelconque fuite, d’une précipitation…Simplement, les êtres vivants, humains ou animaux, se sont volatilisés. Pfffuit !

Alors que tout les oppose, les deux hommes se voient obligés de se côtoyer dans ce nouvel univers qui était pourtant le leur. Les caractères s’exacerbent et un fragile équilibre peine à se faire jour… Mais voici que débarque une femme…

Pitch de départ plutôt excitant : point d’apocalypse, de catastrophe, juste…ce truc énorme, bizarre, inexplicable. Cela fait penser à ce film avec Eric et Ramzy, « Seuls two », et on se demande de quoi on profiterait d’abord, si la ville était ainsi à nous : imaginez-vous entrant où vous voulez, prendre, goûter ce que vous voulez, ressortir sans payer… Cela vaut bien la fameuse question de l’objet à emmener sur une île déserte !

Revenons au livre : L’étonnement des personnages, face à cette soudaine solitude, est de courte durée. Les hypothèses vont bon train, et reflètent la personnalité ou les aspirations des protagonistes : sont-ils morts, au paradis, ou dans un univers parallèle dont ils auraient franchi la frontière invisible ? Lors d’une dispute, le narrateur lance ainsi à Albert : « En remontant, vous n’auriez pas tripoté quelque chose dans l’escalier ? Un interrupteur, un bouton, quelque chose, quoi ! » ! Avouez que cela ne manque pas de piquant !

Pas de place pour le sentimentaliste non plus : que l’on aie « perdu » son épouse dans l’aventure donne lieu à des remarques d’ordre pratique, c’est tout.

De même, le fait que la nourriture reste abondante et fraîche (le pain chaud au petit déjeuner…) devient vite un fait habituel, pour lequel aucune question n’est posée plus avant.

Tout ceci démontre bien que l’auteur ne cherche pas le réalisme dramatique du roman d’anticipation, comme un Barjavel, un Merle ou, plus récemment, un Cormac McCarthy l’ont fait. Willy Vinck choisit l’humour, et prend pour couverture l’absurde. Mais, comme ses prédécesseurs, il souhaite mettre en exergue les rapports humains en situation extraordinaire. Pour cela, il résout d’emblée deux problématiques essentielles : l’absence de cadavres qui rappelleraient aux « survivants » d’horribles circonstances, et celui de la nourriture, donc, présente abondamment et de façon absolument certaine chaque jour. N’ayant pas à se focaliser sur la recherche de vivres, les personnages ne virent pas vers la barbarie et la débrouille à tout prix. Ils peuvent mobiliser leur énergie pour bien d’autres choses, plus en rapport avec leur nature propre. Mais ce sont bien des comportement primitifs qui se mettent rapidement en place : Chef de bande, prédateur solitaire, mouton docile ou femelle à placer dans un territoire préalablement délimité…et défendu.

Alors que notre narrateur aimerait simplement « subsister tranquille » et profiter de sa liberté, d’autres habitants arrivent au compte-goutte, et mettent à chaque fois en péril un équilibre relationnel déjà durement acquis… Il se fait alors observateur privilégié du mode de pensée de ses concitoyens, de leur folie et de leurs contradictions. Ce narrateur, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, c’est un peu Willy Vinck, un peu vous, un peu moi…Mais hélas!, personne n’est vraiment à l’abri des incohérences de ce monde… !

* Saint-Exupéry.

Barbara Mazuin

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