Dark Eden

Beckett, Chris (Traduit par Caillat, Laurent-Philibert)

Science-Fiction

Presses de la Cité (Paris), 2015, 416 pages, 22 €

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Couverture
Couverture du livre: Dark Eden

« Au cours d'une expédition, des spationautes s'échouent sur une planète, qui ne doit sa chaleur et sa lumière qu'à son activité géothermique et à la bioluminescence de sa flore. Malgré les avaries subies par leur vaisseau spatial, tous décident de retourner sur Terre ; tous, sauf Tommy et Angela, qui préfèrent rester plutôt que de courir le risque d'un nouveau voyage. Près de deux siècles plus tard, leurs descendants espèrent toujours une expédition de sauvetage de la part des Terriens. Au sein de cette société stagnante et dégénérescente, John Lampionrouge fait tout pour rompre le statu quo. Il ne supporte plus de voir son peuple se cantonner dans la vallée étroite où l'homme a initialement posé le pied et souhaite explorer le reste de ce monde, quitte à se faire des ennemis...   Dark Eden a reçu le prestigieux prix Arthur C. Clarke en 2013. »

Le meilleur conseil que l'on pourrait donner aux lecteurs est de s'accrocher aux premières pages de ce roman. Elles sont déstabilisantes, on ne sait trop si le style est volontairement chaotique et le langage, approximatif, détérioré et presque enfantin demande à être apprivoisé. On découvre peu à peu l’origine de ce « peuple », le crash d’un vaisseau terrien sur une planète lointaine, le retour de trois astronautes vers la terre alors qu’un couple décide de rester. Deux siècles ont passé. La colonie s’est étendue … au prix fort : inceste d’abord et consanguinité ensuite quand les générations s’accumulent. Peu à peu, on se familiarise avec les règles et les coutumes de cette colonie autarcique ainsi qu’avec le décor planté par une planète intrigante, à la fois féérique et dangereuse. On devine enfin les origines des castes, basées sur l’aspect physique, et des tribus, nommées d’après des concepts parfois incompréhensibles pour les habitants. Tout repose sur le concept de l’élément déclencheur, celui qui va rompre l’équilibre précaire de la colonie. John Lampiorouge décide de faire « autre chose », de tourner le dos aux dogmes quasi religieux jalousement entretenus par les plus anciens. Il détruit le symbole le plus vénéré de tous et se met hors-la-loi. Corollaire de ces affrontements inédits au sein de la communauté, la violence physique refait surface. Commence alors un long voyage initiatique, le développement de nouveaux vêtements, outils et moyens de transport … Il faut fuir, aller de l’avant pour échapper aux conformistes qui le sont aussi par opportunisme. Le schisme est irréversible, la colonie ne sera jamais plus pareille. Une révélation attend au bout du chemin …

Je ne féliciterai jamais assez de m’être accroché à ce livre. Une fois la forme assimilée et comprise, le fond prend tout son sens et l’on prend beaucoup de plaisir à la découverte des rouages bâtissant le monde de Dark Eden. Chris Beckett fait preuve d’une imagination subtile pour élaborer les composantes d’une planète à la fois fascinante et déroutante (on pense même à Avatar) : la faune, la flore, la géologie et la topographie sont riches et surprenantes. Superbe idée aussi que de rebondir sur les conséquences de la consanguinité et la dégénérescence résultante. Les personnages sont à la fois disgracieux et attachants. Leur sabir est un autre élément essentiel et règle même le rythme du récit. Tour de force,  c’est l’altération du langage originel qui permet de saisir tous les détails de cette odyssée funeste. Derrière un semblant de simplicité, l’auteur fait aussi passer beaucoup de messages sur les dérives de notre société actuelle, sur ses travers et ses contradictions. Dark Eden est un beau roman de SF qui n’est pas sans rappeler l’âge d’or des seventies. J’avoue même avoir songé plusieurs fois à P. J. Farmer. Normalement, une suite, Mother of Eden, est programmée pour 2015 encore. Espérons que l’éditeur français assurera sa parution chez nous car la fin de ce premier tome donne vraiment envie de connaître le destin de John Lampionrouge. Excellent !

Alain Quaniers

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