JULIAN : APOSTAT, FUGITIF, CONQUERANT

Wilson, Robert Charles (Traduit par Goullet, G.)

Science-Fiction

Denoël, Lunes d'encre, 2011, 592 pages, 28 €

:) :) :) Quand le post-apocalyptique devient poétique - critique complète

Couverture
Couverture du livre: JULIAN : APOSTAT, FUGITIF, CONQUERANT

2172 de notre ère. Notre monde a souffert des dérangements climatiques, des pénuries,
des famines, de la dénatalité, du manque de tout. Ce 22ème siècle a tout d'un retour en arrière avec un arrière goût prononcé de western, d'une Amérique des grandes étendues et de la survie permanente. Mais comme toujours, l'homme survit, parfois comme il peut face au retour de l'aristocratie, face au joug de l'Église du Dominion, celle qui impose tout, de la pensée jusqu'à la politique qu'elle influence énormément. Julian Comstock est le fils du général Bryce du même nom. Ce dernier a été pendu par le président pour trahison. Le président, oncle de Julian, voit en ce dernier une menace pour son poste de président. Il s'arrangera donc pour envoyer ce jeune neveu au front, dans le Labrador ou le continent américain est en guerre contre les forces mitteleuropéennes. S'il tentera d'abord de fuir, il se retrouvera néanmoins dans l'armée... et c'est dans celle-ci, de par ses actes, de par son charisme et son savoir qu'il deviendra non plus Julian Comstock mais Julian le conquérant.

 

Si Robert Charles Wilson s'est offert une pause dans l'écriture de son tryptique autour de « Spin » pour nous livrer « Julian », c'est uniquement pour nous régaler. Au départ d'une nouvelle que l'on trouve dans le recueil « Mysterium », chez le même éditeur, Wilson nous livrera un roman tout simplement magnifique. Pour tout dire, je suis un fan de Robert Charles Wilson et plus son œuvre avance et plus il gagne en capacité d'écriture, tout en gardant cette mélancolie qui lui est propre. Si comme à son habitude il prendra le parti d'écrire l'histoire de son héros vu par la lorgnette du meilleur ami de ce dernier, Adam Hazard, c'est pour ajouter cette fois la beauté du style à l'écriture. Jouant le jeu de la chronique, de l'histoire rapportée par un tiers, Wilson nous offre une fois de plus une perle dans son œuvre en construction. Et si « Julian » est un roman initiatique teinté de western qui s'étiquettera « post-apocalypique », le graphisme de sa couverture tout autant que le style et le rythme adopté par Wilson permettra de le ranger dans le rayon des littérature dites « blanches » et de plaire au grand public. Si j'ai déjà parlé du style adopté par l'auteur, il est à ajouter que le rythme a quelque chose d'excellentissime également. D'une certaine lenteur et brossant rapidement les scènes d'action, il rebutera le fan de SF habituel qui aime lire un pur roman d'aventure, mais celui ou celle qui cherche un roman qui a du style il trouvera ici dans le rythme, la poésie d'un temps futur où le monde tournera inévitablement plus lentement.

 

Le monde futur tel que le dépeint Robert Charles Wilson est une histoire de notre futur vu sous l'angle post-apocalyptique. L'homme a survécu, mais a détruit beaucoup de choses. Sans être moralisateur ni même jamais aborder de front le côté écologiste, Wilson nous distille ici et là ses idées. Sans jamais nous attaquer il provoque la réflexion sur nos manières de consommer et peut-être de manière plus pérenne qu'un discourt écologiste grossièrement frontal. Une fois de plus, il soulève des questions de religions au travers de son roman. Car face à la menace l'homme vient encore se réfugier dans la religion... Julian est lui-même un apostat, il ne cesse de critiquer l'église du Dominion. Tout en restant foncièrement matérialiste il s'intéressera inévitablement à la spiritualité des autres. Et Wilson de questionner le dogmatisme des religions institutionnelles... Encore une fois, c'est finement joué !

 

Certes l'histoire de l'auteur n'est pas spécialement originale, c'est la manière de la traitée qui la rend intéressante. Si une comparaison est faites avec Mark Twain, que j'aimerais lire, je ne peux l'affirmer. Toujours est-il que ce roman a un côté western des grands espaces au début pour finalement tomber vers l'aventure pré-industrielle des grandes villes américaines. Étrange retour historique dans un futur qui pourrait être le nôtre. Rêve prémonitoire ou délire poétique ? Ce qui est certain, c'est que la référence à Twain semble plus qu'assumée par Wilson, par quelques cleins d'oeil posés ici et là mais que je n'ai pu relevé. Le rapprochement avec Theodore Sturgeon et Clifford D. Simak est probable également, mais je n'ai plus lu ces auteurs depuis longtemps que pour l'affirmer. Toujours est-il que s'ils furent des références, Robert Charles Wilson est une des nouvelles références SF de notre temps. Un vrais créateur d'histoire, un homme qui a la critique sociale au bout de la plume, qui sait partager de manière très humaine et avec beaucoup de style pour le présent ouvrage.

 

Julien Vanderhaegen

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