LA NEF DES FOUS

RICHARD PAUL RUSSO (Traduit par Patrick Dusoulier)

Science-Fiction

Pocket SF, 2009, 473 pages, 7.8 €

:) :) :) SOURICIERE ETOILEE - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LA NEF DES FOUS

L'Argonos est un immense vaisseau qui abrite des milliers d'êtres humains depuis des générations. Tous ont oublié depuis longtemps le but de leur voyage et l’origine de leur odyssée. Bartolomeo Aguilera, handicapé, soutenu par un exosquelette, mais doté d'une intelligence hors du commun, est le conseiller du capitaine. Il sera ses yeux au sein de l'équipe d'exploration d'Antioche, une planète qui émet une transmission probablement humaine. Une colonie? Sans doute. Mais ils sont tous morts, massacrés avec barbarie, méthodiquement semble-t-il, presque rituellement. Les squelettes des hommes, femmes, enfants présentent tous des traces de tortures atroces.  Que s'est-il passé sur cette planète ? Pourquoi une telle monstruosité ? Et surtout, commise par qui ?

Les postulats de départ de ce roman ont de quoi titiller les amateurs du genre. Mais il serait injuste de croire que l’histoire se résume à cela. En fait, le récit offre plusieurs angles d’appréciation. Bien sûr, il y a l’exploration d’Antioche et la découverte d’un vaisseau extraterrestre en points d’orgue, mais on remarquera aussi une galerie de personnages vraiment bien agencée. Que ce soit l’Evêque, le Père Véronica, le capitaine Nikos, Pär, l’ami lui aussi difforme d’Aguilera et toute une série de « figurants », Russo anime tout cela avec beaucoup de maestria. La présence de représentants du catholicisme permet elle l’affrontement entre défenseurs de la foi et navigants réalistes, dans une ambiance qui n’est pas sans rappeler l’Hypérion de Dan Simmons. Son évocation de la vie en vase-clos de la colonie tient bien la route et le mystère qu’il entretient habilement quant aux origines de ce voyage apparemment sans fin ajoute aux multiples questions que le lecteur se pose. Et puis, il y a l’exploration du vaisseau inconnu, à mi-chemin de Rendez-vous avec Rama d’Arthur C. Clark – l’exploration méthodique et semée d’embûches – et l’Alien de Riddley Scott – la nature extraterrestre des lieux, une vague impression de danger-. Vous me ferez alors remarquer que tout cela n’est pas bien neuf, qu’il s’agit d’une énième histoire de premier contact dans un cadre spatial, que Russo n’a pas un style flamboyant. Sans vous donner tort, je vous rétorquerai qu’il n’y a qu’un seul vrai problème : ce roman est terriblement, implacablement efficace. Dès que vous mettez le petit doigt dans l’engrenage, vous êtes irrémédiablement happé par la « machine ». Parce que l’auteur maîtrise à la perfection une narration nerveuse, tendue, truffée de relances en trompe-l’œil. Pas de temps mort, pas de babillage inutile, il va droit vers le but qu’il s’est fixé. Là encore, j’ai envie de risquer un parallèle avec Simmons, même si ce dernier est plus naturellement brillant. Ma conclusion est que La nef des fous est une totale réussite dans son genre et peut figurer dignement dans le palmarès des meilleures productions SF des dix dernières années (le roman date de 2001, a été publié une première fois par Le Bélial en 2006). Hélas pour nous, il ne semble pas que le deuxième roman traduit en français, Le cimetière des saints (The Rosetta Codex, 2005), soit du même tonneau. Qu’importe, celui-ci suffit largement à notre bonheur !

Alain Quaniers

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