LE FLEUVE DES DIEUX

MACDONALD, Ian (Traduit par Goullet, G.)

Science-Fiction

Denoël, 2010, 611 pages, 29 €

:) :) :) :) LA FOURMILIERE ANARCHIQUE - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LE FLEUVE DES DIEUX

« Tous les Hindous vous le diront, pour se débarrasser de ses péchés, il suffit de se laver dans les eaux du Gangâ, dans la cité de Vârânacî. Et, en cette année 2048, les péchés ce n'est pas ce qui manque : un corps aux ovaires prélevés glisse doucement sur les eaux du fleuve ; des intelligences artificielles se rebellent et causent de tels dégâts qu'une unité de police a été spécialement créée pour les excommunier. Gangâ, le fleuve des Dieux, dont les eaux n'ont jamais été aussi basses, se rue vers un gouffre... ».

Ian McDonald, je l’ai croisé une fois lors de la lecture de l’extraordinaire Nécroville. Une vision hallucinée d’un monde décalé et délirant. Ce qui m’avait frappé à l’époque, c’était cette propension à vous obliger à lire son texte avec le mode « grand angle » activé en permanence et puis de vous entraîner dans un vertige sans fin en déployant toutes les perspectives. Comme s’il s’amusait à vous faire passer d’un cinéma circulaire à un autre à 360° en quelques mots. Le hasard et les publications confidentielles de ses romans en francophonie – il n’est pratiquement pas traduit - firent que je le perdis de vue. Je le retrouve donc avec grand plaisir, d’autant plus que ce roman est précédé d’une réputation flatteuse : le meilleur roman de SF des quinze dernières années (il a été publié initialement en 2004) d’après les Anglo-Saxons. A la lecture du court résumé ci-dessus, on se doute rapidement que notre homme ne s’est pas assagi et que l’on va encore plonger dans un univers délirant. Avec la particularité que cette fois-ci l’auteur nous immerge totalement dans la culture hindoue. A un point tel qu’un lexique des mots importants est présent en fin de volume. En encore ! Tout ne s’y trouve pas et il faut faire appel à son instinct pour comprendre le sens de ce qu’il décrit. Deux mouvements majeurs dans ce récit : primo, l’intervention de huit personnages centraux en autant de chapitres. A leur lecture, on aurait plutôt tendance à penser qu’ils n’ont rien en commun, ou si peu. Et pourtant, et c’est le deusio, il fera en sorte que les destins de certains d’entre eux s’entrechoquent. On ne raconte pas un roman de McDonald, c’est mission impossible. Tout au plus puis-je vous donner quelques pistes. Indéniablement, ce livre a une filiation forte avec le Cyberpunk, j’en veux pour preuve le cortège flamboyant des IA – les aeai -  croisées tout au long du récit. Déjantées ou non, dangereuses ou non, elles hantent le décor. D’ailleurs, vous êtes rapidement mis au parfum dès le chapitre consacré à M. Nanda le flic krishna ( !), grand dégommeur  d’électronique rebelle devant l’éternel. Mais l’auteur va plus loin et introduit dans son récit des concepts qui élargissent son propos : une touche de space-opéra par le biais d’un artefact très ancien ; une réflexion sur les mutations génétiques avec un troisième genre humain asexué ; les pénuries annoncées d’une civilisation qui ne régule plus rien et surtout pas l’approvisionnement en eau ; le trafic d’organe transformé en industrie rentable à grande échelle. Sans oublier l’angle d’attaque ethnographique par le biais d’une Inde qui, au moment de fêter le centième anniversaire de sa création (nous sommes en 2047), est plus divisée que jamais (une douzaine de mini-états), complexe (l’incroyable organisation en castes), et religieuse (les dieux pullulent). Et bien d’autres choses encore … La force de McDonald est de conduire son récit de main de maître, sans jamais se perdre en chemin. Car, même si au premier abord l’immersion dans un référentiel qui nous est étranger et la multitude de concepts abordés peuvent sembler touffus, le résultat reste limpide et agréable à lire. Pour revenir à la réputation flatteuse, je n’irai pas jusqu’à dire que ceci est LE meilleur roman de SF depuis une paie mais certainement un des meilleurs tant il est vrai que des textes de cette qualité se font plutôt rares en ces temps d’hégémonie de la fantasy et des vampires. A ranger précieusement entre L’âge de Diamant de Neal Stephenson (pour le côté cyberpunk et la folle inventivité) et Tous à Zanzibar de John Brunner (pour le décorticage des mécanismes d’une société future). Tout simplement brillant !

Alain Quaniers

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