Créée en 1945 chez Gallimard par Marcel Duhamel, alors traducteur, la nouvelle collection voit très vite des femmes entrer dans son giron. Et ce bien avant la féminisation des métiers de l’édition.
Elles sont traductrices, assistantes éditoriales ou agentes littéraires, mais aussi maquettiste : on doit à Germaine Gibard, future Madame Duhamel, la prestigieuse couverture noire à liséré blanc, avec le titre en jaune.
Des autrices ? Oui, certes peu nombreuses. L’Américaine Gertrude Walker ouvre la voie à ses consœurs. Côté français, il faudra attendre 1971 et Janine Oriano, dont le nom de jeune fille n’est autre que Boissard.
Du roman hard-boiled américain à la Série Noire française
La ligne éditoriale de la Série Noire, « l’aventure criminelle violente et la vision du monde désenchantée » (p.95) serait-elle l’apanage des hommes ? Il est vrai que Duhamel a un moment orienté plusieurs autrices vers la collection « Blême », dont la durée de vie fut brève (1949-1951, 22 titres). Or, cantonner les femmes à des romans psychologiques ou à énigme (à l’instar d’Agatha Christie pour les Éditions du Masque) est une erreur.
Natacha Levet et Benoît Tadié le prouvent à travers le portrait de plusieurs romancières qui ont joué avec les codes des romans virils de l’époque.
Les auteurs contextualisent leurs propos à travers l’histoire du roman noir (qui hérite de l’adjectif grâce à la collection dirigée par Duhamel) en débutant comme il se doit par le pulp hard-boiled américain. Né dans les années 20, il servira de vivier pour la Série Noire 25 ans plus tard. Le cinéma, qui a vu de nombreuses adaptations de titres publiés en Série Noire, n’est pas en reste.
La Série Noire en quelques chiffres
Entre 1945 et 2025, sur 1100 auteurs, on compte seulement une centaine de femmes (répertoriées en fin d’ouvrage). Et sur 3035 romans parus sur cette même période, seuls 191 émanent d’autrices.
Fun facts : comme toute collection de masse, la Série Noire fait face à quelques contraintes, notamment physiques : les livres ne doivent pas dépasser 256 pages, au risque de ne pas pouvoir figurer sur les tourniquets des points de vente. Moyennant de fréquentes coupures dans le texte, auxquels les auteurs devaient se plier.
La collection doit, par ailleurs, son titre à Jacques Prévert.
Comment les femmes ont-elles bousculé les codes du polar masculin, et lesquelles ont été particulièrement notables ? Vous en saurez bien plus en suivant l’aventure passionnante livrée par le duo Levet/Tadié. L’ouvrage est particulièrement soigné, tant par le contenu que par la qualité de ses photographies.