Dugain, Marc
Littérature générale
Paris : Albin Michel, 2026, 288 pages, 21,90 €

🙂 🙂 Dans les coulisses d’une Ve République agonisante

Où l’on retrouve le personnage d’un précédent roman de Dugain, « Tsunami », toujours président de la République française. L’intrigue débute par la dévastation de la ville de Cannes, submergée par une vague dévastatrice, et se poursuit entre crises politiques nationales ou internationales et événements touchant la vie privée de l’homme, dont on ne connaît toujours pas le nom. Avec cette fiction proche de l’anticipation, Dugain aborde nombre de thèmes d’actualité et imagine leur développement à court terme. Comme la présidente imaginée par Thomas Bronnec dans « Toute l’infortune du monde », son président en arrive à la conclusion que les Américains ont rejoint les Russes dans le camp des ennemis de la France, et constate à quel point ces deux nations manipulent les masses via les réseaux sociaux pour déstabiliser son pays. L’intelligence artificielle, la disparition de l’humain qu’elle risque d’entraîner et, enfin, la quête d’immortalité menée par quelques milliardaires ayant plus de pouvoir que n’importe quel président ou roi, figurent parmi ses autres préoccupations. Pour s’en sortir, il imagine une consultation populaire sur ces thèmes, dont il annonce que le résultat dictera son futur à la tête de l’état.

Un président très seul

Avec ses mots et au travers de son point de vue, parfois glaçant d’auto-aveuglement ou sidérant lorsqu’il s’auto-amnistie d’erreurs passées, le président nous entraîne à sa suite, dans les coulisses d’une Ve République agonisante, cite De Gaulle ou Churchill, évoque Peter Thiel ou l’horrible Elon. Bien qu’entouré de quelques rares personnes en qui il garde confiance, il est surtout très seul et parfois animé d’envies d’une vie plus simple.

Un sombre futur

Avec ce dernier roman, Dugain affiche les mêmes craintes que Giuliano Da Empoli, celles d’un sombre futur pour l’humanité, un futur façonné par quelques possédants au-dessus des lois et insensibles aux petites vies. Un futur où la véritable démocratie s’efface progressivement pour livrer place au spectacle. Un futur où l’esprit et l’intelligence humaines s’appauvrissent d’être ultra-connectés et éloignés du concret et de la nature. Un futur où hommes et femmes seraient incités à suivre et à s’invectiver plutôt qu’à réfléchir et à dialoguer. Un roman passionnant, écrit d’une plume quasi-journalistique et dont on craint qu’il ne relève finalement pas tant que ça de la SF.
Nicolas Fanuel

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