Duphot, Hervé ; d’après l’ouvrage de Georges Horan-Koiransky ; postface Benoît Pouvreau
Bande dessinée
Paris : Delcourt, 2026, 137 pages, 19,50 €

🙂 🙂 Croquer l'innomable

Évidence

Comment des individus peuvent-ils encore embrasser la cause conspirationniste pour balayer d’un revers de main la Shoah et ses trains d’exactions, meurtres, brimades et plans d’extermination ?
Au même titre que la théorie platiste, les adeptes du négationnisme font figure de pantins ridicules.
Les témoignages sur les conditions de la vie des prisonniers dans les camps de concentration nazis sont très nombreux et, malheureusement, cohérents en horreur et inhumanité entre eux.
Le journal de Georges Horan-Koriansky est une pièce de plus au puzzle du génocide juif (et assimilés) perpétré durant la Deuxième Guerre mondiale.
Adaptée du texte de Koriansky, « Journal d’un interné » et de ses croquis de détention (dont certains surgissent entre les cases du récit), cette bande dessinée, de par son format extrêmement lisible, parviendra sans coup férir à sensibiliser les plus jeunes générations.
Un rappel qui apparaît bien nécessaire au vu des politiques extrémistes et génocidaires qui fleurissent aujourd’hui aux quatre coins du monde.

Drancy-la Muette

Érigés comme les premiers gratte-ciels de la région parisienne, les barres d’immeubles de la cité de Drancy auraient pu faire le bonheur de locataires peu fortunés. Hélas, l’occupant allemand, avec la complicité de Vichy, a réquisitionné les lieux pour en faire un lieu de concentration des juifs et opposants politiques, en vue d’une déportation plus « définitive » vers les Camps de la mort polonais.
Georges Horan-Koriansky est arrêté sur base d’une dénonciation et interné courant 1942. Marié à une aryenne, il espérait échapper aux vocables trop orientés de son nom de famille. Oui, il est né juif mais ne s’est jamais senti une menace pour les desseins d’un IIIe Reich, ce monstre aveugle et sans raison qui a orienté sa vindicte sur le peuple juif. Il caresse le fin espoir de pouvoir être libéré si son épouse parvient à dénicher les documents nécessaires, attestant de sa bonne ascendance et son intégration aryenne. Mais les procédures sont hasardeuses et très très longues…
Témoin au quotidien de la situation de détention au camp de Drancy (manque de nourriture et d’hygiène essentielle, trafics en tous genres destinés à dépouiller davantage les pauvres prisonniers, départs précipités et arbitraires vers d’autres sombres destinations, brimades, déshumanisation,…), Koriansky entreprend une série de croquis, réalisés en secret, qu’il s’ingénie à faire parvenir à son épouse lors des rares échanges de matériel, vêtements et autres nourritures vite dilapidées).

Un œil de l’intérieur

Les dessins de Koriansky, mondialement (re)connus, offrent un témoignage visuel, direct et nécessairement nauséabond de l’ensemble de tout ce que le corps pénitentiaire français à la solde de l’ennemi allemand s’est permis de perpétrer. Un étalage de ce qui résulte du mépris total de l’homme pour son semblable, au-delà de son droit à la pensée religieuse, philosophique ou la façon de vivre qui lui convient. Le déporté, sans distinctions de sexe ou d’âge, n’est qu’une matière à expurger, et peu importe si on n’y met pas les formes dictées par une bienveillance disparue.
« Le Dessinateur de Drancy » ne modifie pas les ingrédients connus de la Shoah. Il les amplifie davantage et devient alors une pièce supplémentaire à opposer aux détracteurs en tous genres. Le noir et blanc, de circonstance et en accord avec l’atmosphère délétère du camp de Drancy, apporte une profondeur et un désespoir immersifs.
À recommander dans les écoles ou pour se procurer une certaine « piqûre de rappel » historique, « Le Dessinateur de Drancy » est proposé sous l’égide de la « Fondation pour la Mémoire de la Shoah », dont il constitue un fleuron légitime et formateur.
Éric Albert

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