Freu, Julien
Policier & Thriller
Arles : Actes sud, 2025, 448 pages, 9.90 €

🙂 🙂 🙂 Mystérieux phénomènes

Dans un coin perdu et imaginaire de France, une région où les noms des lieux et de personnages résonnent (Estanville, Presenville, Ensserains, Escard, Ernevin…) ou inquiètent (Malefête), dans cette région, deux gosses disparaissent, laissant derrière eux leurs vêtements soigneusement rangés et pliés en un petit tas bien visible. C’est un enquêteur déterminé, veuf et n’ayant que peu confiance envers ses contemporains qui est envoyé sur place, le capitaine Ernevin, la quarantaine, un gars qui ne baisse sa garde qu’en présence de sa fille, Aurore, une adolescente qu’il couve comme une mère-poule. Cette dernière est envoyée au lycée où étudiaient les deux gosses disparus et y mène sa propre enquête. Au bout de quelques temps, elle est approchée par un groupe de trois garçons avec qui elle va s’initier aux jeux de rôles et…tenter de comprendre les mystérieux phénomènes qu’ils constatent en traversant parfois la forêt.

Une intrigue bien ancrée dans l’ambiance de l’époque.

Nous ne connaissions pas Julien Freu (né en 1978) et maintenant que c’est le cas, nous allons le suivre de près. Il est effectivement très rapidement arrivé à nous captiver avec son intrigue qui ressort aussi bien du fantastique (on pense aux séries « Stranger things » et « Dark » ainsi qu’aux romans de Stephen King dans lesquels des presque adolescents le deviennent complètement au fil des événements) que du policier avec son personnage d’enquêteur dur à cuire, sec et intransigeant aussi bien avec les autres qu’avec lui-même. On ne l’a pas encore précisé mais l’affaire se déroule au début des années ’90 et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’effectivement on s’y croirait. Sur fond de Guerre du Golfe, Freu enveloppe son intrigue dans l’ambiance de l’époque, citant les noms des sportifs et artistes qui marquaient l’actualité, et collant dans les mains de ses ados les jeux et consoles qui faisaient fureur. Sa façon d’aborder des thématiques telles que l’amitié ou l’amour paternel, l’humour qu’il envoie au cœur de scènes dramatiques ou les formules-chocs qu’il emploie pour dépeindre la condition adolescente (« les collégiens sont des taulards comme les autres ») viennent densifier son écriture cinématographique et scotchante en plein.  Et pourtant, aussi évocatrice soit-elle et après qu’elle ait réussi à nous captiver par des scènes finales d’une intensité remarquable, on ne voit pas comment ce texte pourrait être respectueusement adapté à l’écran. Car voilà ce qui nous a le plus emballés dans l’écriture de Julien Freu, cette démonstration fulgurante que l’écrit peut, avec tellement plus de force que la plus léchée des séquences d’images, nous entraîner dans l’indicible, et nous transmettre des sentiments et des sensations nés de la confrontation avec des phénomènes à priori extravagants mais auxquels, par la grâce d’une écriture riche et suggestive, on adhère avec infiniment de plaisir.
P.-S. : Cette chronique aurait dû paraître en avril 2025, mais par la force d’un mystérieux phénomène, elle ne le fût point. Julien Freu vient de publier « L’île hallucinée », et cette fois, nous ne tarderons pas à en parler ici, au plus tôt et bien plus vite que vous ne l’imaginez.
Nicolas Fanuel

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