Legrand, Ismaël
Bande dessinée
Paris : Delcourt, 2025, 200 pages, 25,50 €

🙂 🙂 🙂 Une claque visuelle gâchée par une fin précipitée

Un guerrier solitaire arpente les terres ravagées d’un univers médiéval hanté par des forces occultes. Au même moment, une jeune inquisitrice renoue avec son ascendance païenne afin de percer le secret de ses origines. Le lien qui les unit se révèlera à travers leur lutte commune contre un dévoreur de mondes qui s’est échappé de sa prison magique pour corrompre les âmes et détruire le vivant.

Un noir et blanc magistral

Dès les premières pages, Deathbringer impose son identité visuelle. Le choix du noir et blanc n’est pas un simple parti pris esthétique, c’est une véritable déclaration d’intention. Ismaël Legrand démontre une maîtrise impressionnante du dessin : les personnages affichent un charisme et une présence forte, les scènes de combat sont dynamiques et lisibles malgré leur violence, et les décors témoignent d’un travail minutieux. Chaque planche respire le soin apporté aux détails, aux textures, aux jeux d’ombres et de lumières.
L’art est recherché, de haut vol, et l’on sent qu’aucune case n’a été bâclée. Que ce soit dans les moments d’action brutale ou dans les passages plus contemplatifs, le dessin sert parfaitement l’atmosphère oppressante de cet univers dark fantasy. On se régale visuellement du début à la fin, et c’est indéniablement le point fort majeur de cet album.

Un univers sombre qui fonctionne

Ismaël Legrand nous plonge dans un monde complexe sans prendre le lecteur par la main. Dès le départ, on découvre un univers dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants, mais cette immersion progressive fonctionne parfaitement. Les trois premiers chapitres posent les bases avec un rythme maîtrisé : les différentes intrigues sont clairement séparées, les personnages bien identifiables, et l’on suit sans difficulté les différents fils narratifs.
L’atmosphère est particulièrement réussie. Le ton sombre et violent colle parfaitement à cet univers médiéval-fantastique rongé par la corruption. Les concepts de magie noire, d’invocations démoniaques et de morts-vivants s’intègrent naturellement dans le récit. L’auteur n’hésite pas à aborder des thèmes matures : viols, pendaisons, décapitations, suicides… La violence n’est pas omniprésente mais suffisamment présente pour créer un climat oppressant. Ce n’est clairement pas une lecture pour tous les publics, mais ceux qui apprécient la dark fantasy la plus sombre y trouveront leur compte.

Des personnages charismatiques… sauf un

Les protagonistes dégagent une vraie présence. Leurs designs marquants et leur caractérisation leur confèrent un charisme indéniable. On s’attache à suivre leurs parcours respectifs, et la séparation claire entre les différentes intrigues permet de ne jamais se perdre dans le casting. Chaque personnage a sa place, son rôle, et contribue efficacement à la narration.
Néanmoins, une ombre au tableau : le grand méchant reste trop peu développé jusqu’à la fin. On aurait aimé en savoir davantage sur ses motivations, son histoire, ce qui le rend réellement menaçant au-delà de sa simple fonction d’antagoniste. Ce manque de profondeur nuit quelque peu à l’impact final du récit.

Une fin qui gâche le plaisir

Et c’est malheureusement là que le bât blesse. Après trois chapitres exemplaires en termes de rythme et de développement, les deux derniers accélèrent brutalement. L’intrigue se précipite pour boucler le récit, multipliant les révélations et les confessions sans prendre le temps nécessaire pour les digérer. On perd en clarté, on peine à suivre ce qui se passe réellement, et l’on ressort de cette lecture avec un sentiment de frustration.
Ce n’est pas que la fin soit mauvaise en soi, mais elle aurait mérité davantage de pages pour être correctement amenée. Les explications sur l’univers et le dénouement arrivent trop vite, sans la respiration nécessaire. On aurait aimé que l’auteur s’accorde le luxe de développer ces éléments cruciaux avec le même soin qu’il a apporté aux chapitres précédents. Cette précipitation finale transforme ce qui aurait pu être un album vraiment au top en une lecture simplement très bonne mais imparfaite.

Malgré tout, une lecture marquante

Malgré cette fin décevante, Deathbringer reste une lecture marquante. Pour un premier album, Ismaël Legrand démontre un talent indéniable, tant sur le plan graphique que narratif. Si les trois quarts de l’ouvrage fonctionnent à merveille, il est regrettable que le dernier acte ne soit pas à la hauteur du reste.
Cette BD s’adresse clairement aux adeptes de dark fantasy et de récits matures. Les adolescents peuvent l’aborder à condition d’avoir la maturité nécessaire pour appréhender les thèmes violents et sombres qui jalonnent le récit. Si vous avez apprécié Berserk ou d’autres œuvres de fantasy ultra-sombre, Deathbringer mérite le détour malgré ses défauts de construction finale. C’est un début prometteur pour un nouvel auteur, et l’on suivra avec intérêt la suite de son travail en espérant qu’il apprenne à mieux gérer ses dénouements.
Corentin Marin

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