Cronin, Justin ; traduit de l’anglais par Sébastien Guillot
Science-fiction
Paris : Albin Michel, 2025, 600 pages, 24,50 €

🙂 🙂 🙂 Cauchemar éveillé ?

Contexte

Justin Cronin est un romancier américain de science-fiction et d’horreur. Il est très connu dans le monde anglophone et francophone pour une trilogie, The Passage Trilogy (Le Passage), ayant connu un immense succès. Traduite en français, elle se compose de : Le Passage (2011), Les Douze (The Twelve, 2013) et La Cité Des Miroirs (2017). Mélange de SF, de fantastique et d’horreur, elle conte l’histoire d’une colonie de rescapés, tentant de survivre dans un univers post-apocalyptique désolé, hanté par des créatures cauchemardesques, sorte de vampires augmentés par des militaires. Avouez que le pitch titille …
Le Passeur de Prospera est d’un autre acabit. Déjà, l’auteur nous propulse dans un décorum étrange. Un lieu indéfinissable, l’archipel de Prospera, composé de trois îles nommées Prospera, L’Annexe et la Crèche. Le reste du monde ? Aucune information. Pas plus que le récit ne donne de références temporelles d’ailleurs. Prospera abrite une société de nantis, vivant dans des habitations souvent luxueuses, partageant leur temps entre différentes activités de toute nature et une vie dédiée au plaisir sous toutes ses formes. Le pouvoir central très présent, autoritaire et carré à l’extrême, veille au fonctionnement harmonieux de la société via des auxiliaires de police et une surveillance très élaborée. Proctor y mène une vie agréable et normalisée. Deux ombres au tableau cependant : sa mère s’est suicidée pour une raison inexplicable et lui-même fait des rêves perturbants, alors que les Prospériens ne rêvent pas. Il est passeur, une haute fonction qui consiste à accompagner les habitants arrivés à l’âge de la retraite dans une procédure qui se termine lorsqu’ils embarquent sur le ferry qui les conduira sur l’île de la Crèche. Pourquoi ? Mystère … Le jour arrive où il doit s’occuper de son propre père. Mais le processus est gravement perturbé par ce dernier qui a le temps de glisser à l’oreille de son fils : « Le monde n’est pas le monde. Tu n’es pas toi ». La scène, enregistrée par les caméras de surveillance, va mettre en marche l’appareil répressif de l’île et contraindre Proctor à prendre la fuite.

Une construction échevelée

A ce point précis du récit, les fils narratifs vont s’entrecroiser et complexifier l’histoire. Mais ne comptez par sur l’auteur pour vous faciliter la tâche. Il faudra faire preuve de patience car les chemins de la révélation sont parsemés d’énigmes et de situations étranges. Chaque personnage a son importance, les moindres détails, parfois insignifiants, conditionnent le flux du roman. Mais tous les éléments s’emboîtent avec une précision chirurgicale pour vous livrer un tableau final époustouflant dont la structure multi-niveau est redoutablement efficace. C’est du grand art ! Et comme le style de l’auteur est fluide et précis et que le saupoudrage des révélations cruciales vous tient en haleine, le plaisir de lecture est décuplé. Terriblement addictif, Le Passeur de Prospera est un implacable page-turner. Si vous aimez les récits aussi mystérieux qu’intelligents, à cent lieues des poncifs éculés, vous allez adorer vous faire balader. Ce livre est une grande réussite !
Alain Quaniers

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fill out this field
Fill out this field
Veuillez saisir une adresse de messagerie valide.
You need to agree with the terms to proceed