Butler, Octavia E. ; traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jessica Shapiro
Fantastique
Vauvert : Au Diable Vauvert, 2025, 462 pages, 24.50 €

🙂 La SF contestataire

Octavia E. Butler a marqué la littérature américaine grâce à son style mêlant science-fiction, féminisme et culture africaine-américaine. Durant sa carrière, elle publie maints romans rassemblés en plusieurs séries distinctes, dont Xenogenesis, Paraboles et celle qui nous intéresse tout particulièrement : Patternist. Cette dernière se compose de cinq bouquins écrits dans les années 1970 et 1980 : Le Maître du réseau (1976), Le Motif (1977), La Survivante (1978), Mauvaise Graine (1980) et Humains, plus qu’humains (1984). L’ouvrage qui nous intéresse ouvre chronologiquement l’épopée interne à cette série.
Mauvaise Graine suit les péripéties d’Anyanwu, une Africaine possédant quelques capacités inouïes. Outre son jeune âge de quelques trois cents balais, elle parvient à contrôler la moindre parcelle de son corps, lui permettant de modifier son apparence ou encore de comprendre le fonctionnement des maladies sur les métabolismes. Son existence change radicalement lorsqu’un être non moins banal arrive sur le pas de sa porte. Du haut de ses trois millénaires, Doro se présente comme un esprit changeant d’enveloppe corporelle régulièrement, tuant de ce fait l’ancien propriétaire. Ses longues années d’existence l’ont poussé à dénicher des humains « particuliers », possédant des aptitudes hors normes, et à les élever, les faire se reproduire, les protéger. Il désire dorénavant d’Anyanwu qu’elle produise et élève les nouvelles générations de ces humains exceptionnels.

Une lutte permanente

Dans cet ouvrage, Octavia E. Butler dénonce nombre de déviances de nos sociétés, en ancrant son récit dans une Afrique gangrénée par le commerce d’esclaves et dans des Etats-Unis non moins rongés par la cupidité et le racisme. À côté de ces réflexions sociétales, nous trouvons également un être manipulateur, tout-puissant, tyrannique et peu sensible qui désire développer sa race parfaite par eugénisme. Les réflexions sur le patriarcat, l’oppression sous maintes formes, le despotisme ou encore le racisme ne manquent certainement pas, dans un monde où ces conceptions ne faiblissent pas.
Malgré tous ces questionnements sociétaux et ces dénonciations légitimes, l’ouvrage s’avère assez lent. Les chapitres se succèdent laborieusement et le personnage d’Anyanwu manque légèrement de charisme. Elle tend à succomber à tous les chantages de Doro, même si ses propres pouvoirs parviennent à mettre à mal la confiance de ce despote. Cette décision scénaristique pourrait mettre en avant les difficultés des soumis à se révolter pleinement contre leurs dominateurs. Néanmoins, Anyanwu connaissant déjà la satisfaction de la liberté et de l’autonomie, il demeure complexe de comprendre cette soumission à cet homme, pour qui elle n’éprouve qu’une haine viscérale.
En finalité, Mauvaise Graine possède des défauts, mais plusieurs qualités viennent valoriser ce roman. Les dénonciations formulées par l’autrices résonnent, hélas, encore avec force de nos jours. Malgré des protagonistes qui manquent parfois cruellement de charisme, nous parvenons à suivre leurs épopées en ne succombant pas sous l’ennui. Ce volume de la série Patternist ouvre une voie prometteuse à la contestation et aux dénonciations dans un univers où le fantastique trouve une place confortable.
Florian Masut

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