Bucarest, de nos jours. Une ville « tenue par la mafia et les gypsies » et où on sait que « la police ne défendra pas les gens » pour lesquels, la préoccupation première, « c’est juste la survie ». Oui, il semble, à la lecture de cette bd, que la vie n’y soit pas facile, puisque les habitants y sont soit pauvres (la majorité), soit riches. Entre ces deux catégories, c’est le néant. Pour échapper à la pauvreté, certaines filles « pour peu qu’elles soient un peu mignonnes ou bien gaulées » se dirigent vers l’industrie du porno en ligne. C’est autour de ce milieu, celui où les « camgirls » monnayent leurs prestations en ligne, que tourne l’intrigue de « Sector 5 », une bd au scénario aussi sombre que son dessin.
Intrigue internationale
C’est donc à Bucarest que l’intrigue débute, avec l’agression et le meurtre d’un avocat, à son domicile et devant ses -très jeunes- enfants. Arrivé sur place, c’est à un cadavre terriblement mutilé qu’est confronté l’inspecteur Ferentari. Aussi corrompue soit-elle, la hiérarchie de l’inspecteur accorde beaucoup d’importance à l’affaire, statut de la victime oblige, et lui fiche donc une sérieuse pression au quotidien. En grattant un peu la surface de la vie proprette de l’avocat et de son épouse, Ferentari découvre que l’ordinateur familial déborde littéralement de photos pornos et que le couple recevait régulièrement des femmes de tous âges. Ce que Ferentari ignore, c’est que, durant les premiers jours de son enquête, d’autres meurtres extrêmement sanguinaires et tous en lien avec le porno en ligne, sont perpétrés en Allemagne, aux States et en Espagne. Lorsqu’une nouvelle victime est découverte dans la capitale roumaine, Ferentari et son équipe commencent à établir des liens…
Enquête sous tension
Quasi-dépressif, se dépatouillant avec difficulté d’une propension à l’alcoolisme et doté d’un caractère de chien, Ferentari se révèle malgré tout un bon flic, avec de l’instinct et de la persévérance. Qui plus est, il se fiche bien des consignes ineptes de ses supérieurs et trace sa route comme il l’entend. On ne peut pourtant pas dire qu’il suscite chez le lecteur l’empathie, et encore moins la sympathie. Mais peut-être l’ambiance glauque et parfaitement malsaine dans laquelle baigne l’ensemble de ce récit obscurci-t-elle notre jugement, plongeant dans un même bain insalubre personnages et faits ? Car il faut avoir le cœur bien accroché pour persévérer dans sa lecture une fois les premiers chapitres derrière nous, les scènes de crimes étant dès plus explicites et versant à chaque fois un peu plus dans le sordide. Autre écueil potentiel : les visages de certains personnages comme sortis d’un même moule et taillés à la serpe que l’on a parfois du mal (surtout au début) à distinguer les uns des autres, la dominante sombre des cases n’aidant pas. Au final, une enquête sous tension et dont on tient à connaître le fin mot (et avouons-le, on le sentait venir), mais dont la lecture intégrale se révèle tout sauf une promenade de santé, tant ce monde des camgirls et surtout de leur clientèle relève des plus basses turpitudes humaines, dont les auteurs ne nous épargnent rien. Pour les cœurs bien accrochés donc