Paris : Gallimard, 2026, 448 pages, 20 € (Série noire)
🙂 🙂 🙂 Paris brûle-t-il?
Véritable animal politique, Mathieu Mondolonian -dit « Mondo »- est le conseiller de l’ombre d’Émilie Cornelly, la présidente de la République française. En retrait, mais toujours présent, il est le seul en qui la présidente ait toute confiance. « J’ai besoin de toi Mathieu, ne me claque pas entre les doigts » : dès le début de cette intrigue d’une étonnante actualité, l’on comprend que le lien entre ces deux-là se révèlera d’importance.
Politiquement, aucun pays n’a déclaré la guerre à la France, et pourtant, depuis plusieurs mois, des attaques de drones endeuillent régulièrement la capitale. La police et l’armée sont sur les dents, mais comment anticiper ce type d’attaques ? Comment les contrer ?
Derrière celles-ci, la présidente voit la main de la Russie et celle, plus étonnante, des États-Unis. Les deux hyper-puissances, gouvernées par des populistes notoires, ne voient effectivement pas d’un bon œil l’idée de la présidente française de fédérer et d’intensifier les capacités de défense de plusieurs pays européens. Alors que les attaques redoublent d’intensité et prennent des formes plus diversifiées, Émilie doit convaincre ses députés de la justesse de sa politique volontariste. Les discours se radicalisent, la violence gagne du terrain, violence dans laquelle Mondo, le solitaire, l’indépendant, va pourtant se retrouver personnellement impliqué.
En résonnance avec l’actualité
Pour peu que vous suiviez un brin l’actualité, les résonnances de celle-ci avec le cadre global de « Toute l’infortune du monde » (phrase extraite d’un poème d’Eluard), ne pourrons que vous sauter aux yeux. Les présidents russes et américains inspirés de ceux que nous connaissons aujourd’hui, la montée en puissance des idées d’extrême-droite, la violence physique et la manipulation via les réseaux « sociaux » exercées par les grandes puissances hors de leurs frontières et enfin, les attaques de drones : autant de faits que les médias relatent au quotidien. Alors, peut-être que vous n’aurez pas envie d’encore vous replonger là-dedans, que la lecture, pour vous, c’est justement un moment pour sortir de toute cette noirceur et que la politique, à l’instar du propre compagnon de la présidente, vous n’y entravez rien et surtout vous ne voulez pas vous y intéresser : « Il n’a jamais rien compris à ce qu’est l’engagement politique. Oui, sans doute, on cherche à se faire aimer. Mais on sait que quoi qu’il arrive, on se fera détester, parce qu’on met les mains dans la crasse et dans la merde, en permanence. Et à force de remuer tout ça, on ne peut rien récolter de bon en échange ». C’est compréhensible et honorable, mais pour peu que vous passiez au-dessus de ces réticences premières, la lecture de ce nouveau roman de Thomas Bronnec, un auteur dont nous vous avions déjà parlé positivement ici, à la sortie de son « Collapsus » en 2022, pourrait pourtant bien vous entraîner aussi vite qu’aisément dans son sillage.
Un sens de la narration affuté
Par rapport à son précédent roman, lui aussi à la limite du polar et de l’anticipation, c’est comme si Bronnec avait affuté son sens de la narration, du rythme et du suspense, tout comme il a resserré sa galerie de personnages, nous livrant ainsi une intrigue plus captivante sur la longueur et parfaitement crédible. Sous sa plume, les rouages de la politique -française mais aussi internationale- cliquètent plus distinctement, tout comme l’envergure et les limites de ses acteurs se dessinent aussi au regard de leur personnalités propres. Alors, non, avec « Toute l’infortune du monde », on ne sort pas de l’actualité, on y plonge même la tête en avant mais, par la grâce d’une fiction passionnante et de personnages parfaitement incarnés, on la peut-être comprenant un peu mieux. Bravo !