Daeninckx, Didier
Policier & Thriller
Paris : Gallimard, 2026, 233 pages, 20,50 €

🙂 🙂 🙂 Au risque de rallumer de vieilles querelles

L’appel était arrivé fin d’après-midi au commissariat de police de Nevers : les corps de trois hommes avaient été retrouvés dans un chantier de démolition, à une dizaine de km du centre-ville, au lieu-dit des Essarts. Voilà qui avait de quoi raviver de mauvais souvenirs à l’inspecteur Philippe Orbec, dont le père, lui aussi policier dans cette même ville, avait été injustement abattu par des résistants aux Essarts, en 1944, quelques jours avant la Libération.
Nous sommes en 1952, dans une France qui s’industrialise parfois anarchiquement, où le confort domestique n’est pas encore pour tout le monde, et dans laquelle les cicatrices laissées par la 2e Guerre, la Résistance, la collaboration, sont encore vives. Alors qu’il devient rapidement évident que les 3 cadavres gisaient là depuis au moins 5 ans, qu’il s’agissait bel et bien d’un assassinat, et que tout cela risquait donc « de rallumer de vieilles querelles » liées à l’après-guerre, Orbec remonte minutieusement la piste des victimes, tentant d’abord de leur rendre leur identité. L’enquête sera longue, tortueuse et le conduira jusqu’aux portes d’un camp autrichien de sinistre mémoire : Mauthausen.

Un style d’une élégance rare

Parfois il faut lire une bonne histoire comme celle-là pour se rendre compte que les connaissances que l’on a, en 2026, de certains faits historiques sont finalement assez récentes. En 1952, la distinction entre les types de camps de concentration n’était pas si évidente et, si l’horreur d’Auschwitz avait été largement répercutée, celle qui présidait au quotidien dans les « camps de travail » comme celui de Mauthausen, l’était nettement moins. C’est cette réalité-là que l’inspecteur Orbec va notamment découvrir ici. Au fil de la plume ultra-documentée de Daeninckx, prolifique auteur de romans noirs à qui l’on doit par exemple le formidable « Meurtres pour mémoire », l’on va remonter le temps et se retrouver comme immergé dans la France de cette époque, tant l’auteur soigne son cadre. Que ce soit en détaillant ce que ses personnages boivent ou mangent, en nous livrant les titres des films qu’ils vont voir au cinéma ou encore en citant les marques des voitures qu’ils conduisent, Daeninckx excelle à densifier son propos sans jamais l’alourdir ou le faire passer avant l’intrigue proprement dite, qui nous accroche jusqu’à sa conclusion, savamment orchestrée. Du très bon roman noir, lesté d’un fond qui ravira les curieux de l’Histoire et porté par un style d’une élégance rare dans ce domaine. Hautement recommandé.
Nicolas Fanuel

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