De l’auteur Uketsu, on ne sait quasiment rien. Il avance, drapé dans des vêtements noirs amples et un masque blanc. Il aime cultiver le mystère dans ses écrits comme dans sa vie. On le dit multi-artiste (romancier, dessinateur, réalisateur de clips d’horreur,…) mais c’est avec un premier livre, « Strange pictures » en 2022 qu’il se fait connaître à l’international.
N’ayant pas lu ce roman, je ne m’étendrais pas au-delà à son sujet. Juste pour dire que l’auteur a trouvé une recette originale pour exploiter la peur, la paranoïa et l’horreur et qu’il se plaît visiblement à multiplier la présentation de son menu.
« Strange Buildings » surprend d’abord par son apparence. Pas vraiment de texte suivi, non, plutôt, des retranscriptions de témoignages, des descriptions de maisons et la relation de faits étranges attachés aux lieux qu’il nous est donné de visiter dans une première – et longue – première partie. Le tout parsemé de dessins, de plans d’architecte pour être précis, qui décrivent la distribution de pièces d’habitation dont certaines défient si pas la logique, du moins la praticité.
Dans les onze bâtiments où l’auteur nous invite à jeter un œil, nous passons par une porte intérieure qui ne donne sur aucune pièce, une alcôve creusée dans un mur, une maison dont le rez-de-chaussée reste vide, jusqu’à cette énigmatique demeure du renaître, lieu sacralisé occupé par une secte obscure qui se livre à de la véritable manipulation psychologique à grande échelle.
Une horreur avant tout psychologique
Au fil des récits se tisse peu à peu un réseau de faits croisés, de correspondances entre certains d’entre eux, la réapparition de personnages. Mais c’est dans la deuxième partie du livre que le voile sur le mystère entretenu pendant près de trois cents pages sera peu à peu levé. Grâce à Kurihara, l’architecte-concepteur qui était déjà, grâce à ses talents de déduction digne des plus grands enquêteurs, venu en aide au narrateur pour démêler le vrai du faux dans une affaire d’« Etranges maisons » (le titre du précédent ouvrage).
L’horreur ici est avant tout psychologique. En tordant la réalité, en présentant des faits macabres et lugubres, l’auteur titille notre angoisse existentielle et ravive le sentiment d’être observé, suivi, manipulé par d’évanescentes créatures non moins dangereuses qu’affamées. La cohérence s’estompe au profit d’une ambiance qui joue beaucoup sur le sentiment d’abandon à l’insondable. Jusqu’à nous faire avaler pour argent comptant qu’il est possible de communiquer entre deux maisons voisines par le biais de deux gobelets de plastique reliés par une simple corde…
L’écriture d’Uketsu n’est absolument pas littéraire. Elle est plate, directe et ne s’embarrasse que de l’essentiel. Les puristes de la construction romanesque pourraient crier au blasphème ; nous préférons parler d’originalité, voire de « jamais vu » (si on n’a pas lu les deux précédents livres, bien entendu). On en revient donc à cette recette d’une construction éclatée, qui participe au malaise ressenti à la lecture et qui ne perdurera certainement pas pour d’autres romans peut-être à venir. Une fois l’effet de surprise passé, il faut savoir se renouveler.
C’est tout le mal qu’on souhaite à l’homme au masque blanc.