Sur la petite île de Litta, dans les Hébrides écossaises, ne vivent qu’une centaine d’habitants, tous se connaissent et rien ne peut être caché à personne pendant très longtemps. Un drame s’y est déroulé dans les années ’90 : John Baird, un comptable apparemment sans histoire, y a assassiné sa femme et deux de ses trois enfants, avant de retourner l’arme contre lui. La mère n’avait pas 40 ans, un des enfants assassinés était un bébé, le deuxième était âgé de dix ans. Dire que le choc fut rude relève de l’euphémisme. Malcolm Baird, le frère de John, et sa femme Heather, recueillirent pendant quelques temps Tommy, le fils survivant, 8 ans à l’époque, avant que celui-ci ne soit envoyé en-dehors de l’île, vers Glasgow puis d’autres villes écossaises. Vingt ans plus tard, alors qu’il est veuf depuis quelques mois, Malcolm découvre Tommy sur le seuil de sa maison. Ce dernier lui demandant l’hospitalité pour quelques jours, Malcolm ne peut – ni ne veut- l’éconduire. Toutefois, à l’instar des autres habitants, il ne pourra repousser la question que pose ce retour imprévu : pourquoi Tommy est-il revenu ?
Une histoire subtile, profonde et poignante
Et pourtant, c’est une autre question qui va sous-tendre en profondeur l’intrigue, une question que tous les habitants de Litta se sont posée 20 ans plus tôt, jamais résolue et qui, à l’occasion de ce retour va à nouveau tous les hanter : « pourquoi faire une chose pareille ? » Pourquoi un père de famille en vient-il à tuer sa femme et ses propres enfants que, par ailleurs, il aimait ? Plus encore : « ce qui est dur, c’est que ce n’est pas un inconnu. Mais John. Un insulaire pur jus. Un des nôtres ». C’est en revenant en arrière, jusqu’à l’enfance de John et de Malcolm, en explorant les dynamiques de cette micro-société isolée, en nous racontant la rencontre entre John et sa future épouse, puis leur union, leur installation sur l’île et leur vie de famille que Rebecca Wait nous offrira les clés de compréhension. Ce qu’elle instruit ainsi, ce n’est ni plus moins que la construction d’une personnalité, celle de John, passé de gamin sans histoire à père meurtrier en une trentaine d’années.
Un roman dense, clairement centré sur la psychologie de ses personnages et qui aborde sans qu’on l’ait vu venir une thématique très contemporaine, pour s’en emparer avec une extrême justesse et en faire le ressort principal de l’intrigue. On ne peut s’empêcher d’être happé par le destin progressivement dévoilé de cette famille ; Rebecca Wait nous touche -sans effet lacrymogène- lorsqu’elle aborde l’enfance, le deuil de Malcolm, l’existence à jamais marquée au fer rouge de Tommy. Loin du thriller familial à la Harlan Coben, « Tommy Baird est de retour » creuse plutôt le sillon d’une histoire subtile, profonde et poignante, qui évite le piège de la stigmatisation. Comprendre et ne pas juger disait Simenon, c’est exactement ça.