Ellis, Bret Easton ; traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Guglielmina
Policier & Thriller
Paris : 10/18, 2024, 905 pages, 10,90€
🙂 🙂 🙂 Série « The Shards »
La série « The Shards » débarque sur Disney+ ! Le pitch ? Automne 1981, c’est la rentrée à la Buckley School de Los Angeles. Le lycée privé accueille des jeunes gens friqués, laissés à eux-mêmes dans de grandes maisons avec piscine où ils donnent des fêtes somptueuses. Alcool, drogues, sexe, c’est « Beverly Hills 90210 » en plus trash.
Ce type d’univers et d’intrigue vous parle ? Vous pensez à l’enfant terrible de L.A., Bret Easton Ellis ? Vous y êtes : l’auteur de « American psycho » a plus qu’inspiré Ryan Murphy (Glee, American Horror Story, etc) pour la série « The Shards ». Elle est tirée du roman, dont le titre original est éponyme.
Dans « White » (2019), Bret Easton Ellis observait les dérives de notre époque, de Internet à la sexualisation généralisée, tout en évoquant son enfance et sa jeunesse, visiblement proches de celles de ses personnages depuis son premier roman, « Moins que zéro ». « Les éclats », paru en 2023, en est l’admirable illustration.
Tueur en série et fin d’une enfance
Mais revenons à l’intrigue du livre.
Le narrateur, Bret, se souvient de cet été 1981, alors qu’il travaillait sur son premier roman, « Moins que zéro ».
Bret sort avec Debbie Shaffer, fille d’un riche producteur de cinéma. Bret est secrètement gay, et sa relation avec Debbie lui sert de couverture sociale. Il est attiré sexuellement par son meilleur ami, Thom Wright, qui sort avec Susan Reynolds et dont il est fort épris.
Bret s’apprête en cette rentrée 1981 à jouer son rôle de petit ami de Debbie. Ne jouent-ils pas chacun une partition ? Bret l’écrivain en est terriblement conscient. Ils doivent encore faire semblant une année scolaire, avant de se séparer pour l’université.
L’arrivée d’un nouvel élève, Robert Mallory, va faire voler ce scénario en éclats. Bret le trouve immédiatement attirant, mais aussi inquiétant. Pourquoi intégrer Buckley aussi tardivement ? Où était-il auparavant ? Pourquoi ce séjour en centre psychiatrique en Illinois ?
Parallèlement, des jeunes filles disparaissent, et sont retrouvées quelques temps plus tard mortes, vedettes de mises en scène macabres incluant des animaux domestiques. Le tueur est appelé « Le Trawler » (le « chalutier »). Seul Bret semble lire la presse et s’en inquiéter, tandis que ses amis évoluent avec indifférence dans une vapeur adolescente qui prendra bientôt fin.
Pour les amateurs de slashers
Car c’est le propos du livre, la fin de l’adolescence, survenue bien avant l’entrée à l’université, et de façon bien plus brutale qu’un coma éthylique ou un mauvais trip.
Le personnage de Bret nous apparaît très seul, n’osant avouer sa sexualité, mais aussi seul dans « la grande maison vide de Mulholland », seul conscient que quelque chose ne va pas avec Robert.
La lecture du livre est addictive, Bret Easton Ellis sachant décrire de longues scènes aux dialogues frustrants, qui temporisent la découverte de la vérité sur quelques 600 pages magistrales. L’auteur, amateur de Stephen King qu’il cite plusieurs fois, reprend avec succès les codes du slasher : la bande de jeune prise pour cible d’un tueur en série.
L’ensemble est à lire sur fond de bande originale de l’année 1981, auquel le narrateur fait très souvent référence.
Adaptation en série par Ryan Murphy
À l’heure d’écrire ses lignes, nous n’avons pas encore vu la série de Ryan Murphy, préférant privilégier la lecture du livre dont elle est l’adaptation.
Il semblerait qu’elle soit très fidèle au livre, à son atmosphère paranoïaque, tout en étant du 100% Ryan Murphy. Elle est déconseillée aux moins de 16 ans.