Herron, Mick; traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Laure Manceau
Policier & Thriller
Arles : Actes Sud, 2026, 339 pages, 23,50 € (Actes noirs)

🙂 🙂 🙂 De Berlin à Londres

« Il se sentait contusionné de partout. Personne ne vous disait la tannée que c’était de vieillir. Enfin, si, les gens vous prévenaient, mais on ne les écoutait pas, parce qu’ils étaient vieux » : voilà ce que pensait Max, alors qu’il venait de vivre une de ces nuits comme il n’en avait plus connu depuis des lunes. Éveillé par des intrus qui tentaient de s’introduire dans son cottage, il avait dû ranimer toutes les techniques de combat et de dispersion de fausses pistes apprises dans son passé pour leur échapper. À priori, et même si, durant sa carrière d’espion, il avait été au courant d’événements sensibles et d’affaires peu reluisantes, Max ne voyait pas ce qui pouvait motiver ses agresseurs. Et puis d’ailleurs que voulaient-ils : l’enlever ou l’assassiner ? Ces questions le tarauderont longtemps, alors qu’à Londres, les membres de Monochrome, une commission d’enquête parlementaire chargée de déceler les dérives des services de renseignement, patinent depuis deux longues années. Quand Max rejoint la capitale, une véritable affaire leur est soumise anonymement. Celle-ci aura des répercussions tous azimuts, jusqu’à fournir à Max un début de piste à ses déboires nocturnes.
Un style de haute volée
Avec « Les heures secrètes », Mick Herron délaisse (pour un moment, espérons-le) ses personnages de la série « Slow Horses » (8 tomes parus, dont trois traduits chez Actes Sud, hautement recommandés, tout comme la série télé du même titre, avec un Gary Oldmann impérial) mais creuse néanmoins le même sillon, qu’il maîtrise à merveille, celui des romans d’espionnage concoctés à la manière d’un célèbre maître britannique du genre, influence d’ailleurs pleinement assumée lorsqu’il donne la parole à la patronne du service de renseignements : « Commençons par les principes de base. Au nom de John Le Carré, comment un dossier du Service peut-il aller se promener, bordel ? ». Entremêlant les références à ses propres œuvres antérieures (le personnage de Miles, espion charismatique caserné à Berlin, rappelle, par ses mauvaises manières, son humeur de dogue et son hygiène douteuse, celui de Jackson Lamb, chef des « Slow Horses ») et à celles de Le Carré (une bonne partie de l’intrigue se déroule dans le Berlin des quelques années après la chute du Mur), Herron nous livre une intrigue et un texte d’une rare maîtrise. Vous croyez vous y perdre entre les pseudos et autres changements d’identité mais le voilà qui vous rattrape et vous emmène vers un final digne d’un soleil levant sur une mer bleutée : mis à part l’une ou l’autre zones d’ombre parfaitement à leur place, tout est éclairci. Et puis, oui, il faut dire le bonheur que le texte procure : le style est de haute volée, riche et dégageant un parfum de subtilité digne des meilleurs Anne Perry. L’ensemble se révèle so british et truffé d’ironie ;  il reflète parfaitement le côté feutré et imprévisiblement dangereux de la vie d’espion, telle que nous l’a contée l’autre grand auteur cité plus haut. On tremble, on réfléchit, on s’indigne, on rit. What else ?
Nicolas Fanuel

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