Férey, Caryl
Policier & Thriller
Paris : Gallimard, 2026, 432 pages, 21 € (Série noire)

🙂 🙂 Retour vers les racines indiennes

Jake Crow Dog est retrouvé mort, noyé dans le Mississippi. À Minneapolis, la vie d’un Lakota ne vaut pas grand-chose. Donc pas de rapport toxicologique ni d’enquête. Il s’est suicidé ou aura dû glisser en se soulageant au bord du fleuve.
Ses deux enfants, Winona et Duane, ne croient pas en ces hypothèses commodes. Ils s’étaient certes éloignés du Général – surnom donné à la suite de ses états de service en Afghanistan et en Irak – vu son alcoolisme et sa violence notoires.
Deux éléments les font douter : Jake s’était rendu juste avant de trouver la mort dans sa réserve natale, Rosebud. Il avait pourtant soigneusement coupé les ponts avec sa famille. Il avait emporté avec lui le colt dont il ne se séparait jamais, et qui a maintenant disparu. Il avait aussi arrêté de boire, comme si une cause importante valait la peine qu’il dispose de toutes ses capacités.
Winona et Duane prennent la route vers leurs racines. C’est « comme un appel depuis les territoires lakota. Leur histoire est là-bas. Inconnue. »

Frère et sœur lakota enquêtent

Winona est médiatrice à l’Indian Child Welfare de Minneapolis. Elle ne porte pas haut les couleurs de son peuple, même si elle est concernée par leurs problèmes : alcool, suicide, dépression, maladies hépatiques et diabète (leur ADN n’est pas habitué au sucre), accident de la route, agression, viol, inceste, … Elle a passé une partie de son enfance à Rosebud sans rien connaître des Blancs, mais a le type caucasien et est blonde. Ça l’arrange plutôt bien, elle qui reste en dehors de la culture de son peuple, et s’est construit une identité neutre, mi-rouge, mi-blanche.
Son jeune frère Duane est moins mesuré, jeune chien fou qui vit à peine de ses gains au rodéo, et les dépense en méthamphétamine avec d’autres Indiens qui vivent à ses crochets. Plus influençable, il sera plus réceptif aux coutumes, cérémonies et pow wow, qui le reconnecteront à la « piste rouge ».

Caryl Férey, écrivain voyageur et engagé

Caryl Férey est un écrivain voyageur, un aventurier. Cela se sent dans ses intrigues documentées, jusqu’à l’immersion. Pour « Lakota », il a rencontré et vécu avec des communautés et activistes lakota. Dans la postface, il dit avoir été accepté comme l’un des leurs malgré son statut d’homme blanc. Et s’insurge contre l’appropriation culturelle, qui empêcherait un Wasichu (homme blanc) de parler d’autres ethnies dans ses romans.
Ecrivain engagé, il dénonce les injustices à travers le polar. Dans Grindadràp, Caryl Férey exprimait ses convictions écologiques en révélant l’état des océans à travers des personnages du Sea Shepherd de Paul Watson.
Vu la qualité de ses polars, on ne peut que se réjouir de pouvoir lire Caryl Férey.
« Lakota » signifie « ceux qui sont unis ».
Barbara Mazuin

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