Clarke
Bande dessinée
Toulon : Soleil, 2024, 96 pages, 17.95 € (Collection Quadrants solaires)

🙂 🙂 Berlin-la-chinoise

Berlin, 1975. Cela fait maintenant 25 ans que la ville, comme le reste de l’Europe, est sous occupation chinoise. En 1950, profitant du développement fulgurant d’un virus mortel pour toutes les personnes non-asiatiques, la Chine de Mao a envahi l’Europe, dont elle maintient la population sous le joug d’une dictature féroce grâce à la distribution hebdomadaire d’une pilule-vaccin. Toute velléité de révolte se voit ainsi réduite (si vous vous rebellez, plus de pilule…), même si le bruit court que la pilule ne sert plus à rien et que des résistants s’apprêtent à porter un rude coup au pouvoir en place.
Dans une ville où la police criminelle allemande se voit cantonnée aux affaires courantes, l’inspecteur Eberhard et son jeune adjoint Mathias Schneider, enquêtent sur un insaisissable tueur en série. Déjà sept victimes à son actif, toutes assassinées dans des parcs puis éventrées et leurs organes disséminés autour d’elles en une logique impénétrable. À la huitième victime, Eberhard voit débarquer la police politique chinoise qui lui retire l’affaire. D’un caractère plutôt obstiné, Eberhard va s’acharner….

Un noir et blanc attirant et très classe

Clarke, de son vrai nom Frédéric Seron, est un dessinateur et scénariste belge, prolifique et éclectique : il manie avec bonheur un humour souvent absurde (avec des séries telles que « Mélusine » ou « Mister President ») mais ni le réalisme (« Luna Almaden », « Dilemma ») ni la science-fiction (« Les Danois »), qu’il aborde via des œuvres ambitieuses, ne lui font peur. C’est dans ce dernier registre de la science-fiction que nous le retrouvons avec ce « Nouvelle Chine », une intrigue accrocheuse distillée en un peu plus de 100 pages, dessinées dans un noir et blanc attirant et classe. Niveau dessin, les noirs se révèlent particulièrement profonds, accroissant le côté polar sombre, limite glauque, alors que le soin apporté aux scènes d’extérieurs (et particulièrement aux paysages citadins) et aux personnages très identifiables dynamise et accentue le réalisme du récit.  Niveau scénario, la dystopie, clairement assumée et habilement mise en scène (les portraits de Mao et autres affiches de propagande partout à Berlin) constitue l’élément accrocheur principal ; bien qu’assez dynamique et pleine de suspense dans les trois quarts de l’histoire, l’énigme policière souffre hélas d’un final un brin alambiqué. Une œuvre plastiquement superbe et cinématographique en diable, le duo d’enquêteurs et certaines scènes pluvieuses rappelant les meilleurs moments du « Seven » de Fincher.
Nicolas Fanuel

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