White

Ellis, Brett Easton; traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Guglielmina
Littérature générale
Paris : Robert Laffont, 2019, 290 pages, 21.50 € (Collection Pavillons)

🙂 🙂 Crises et chuchotements

L’incendiaire auteur américain, qui a donné naissance à Patrick Bateman, l’un des pires psycho-killers de la sphère littéraire, dans son abominable « American Psycho », délaisse la prose pour nous proposer une sorte d’enquête sociétale et autobiographique dans laquelle il se plaît à dresser un portrait au scalpel de la société actuelle.

Pamphlet pessimiste

Le livre fonctionne à deux niveaux : pour les amateurs de l’auteur, c’est une formidable plongée dans les arcanes de la création littéraire et dans la construction de l’écrivain (on le suit, enfant, biberonné aux films d’horreur sous le regard démissionnaire de ses parents) ; pour les férus d’essais, il se révèle un concentré de considérations finement observées sur l’ère contemporaine, des dérives de l’internet à la sexualité en libre-accès, en passant par le politiquement correct et même l’élection de Donald Trump (pour lui, il ne sert à rien de s’en inquiéter, faut juste « vivre avec »).
Acteurs soucieux de leur image publique, manipulations des médias, victimisation-starification de la communauté gay, infantilisation assumée pour mieux contrer les déceptions et les angoisses générées par le monde moderne, critique des réseaux sociaux devenus des déversoirs de haine, déliquescence de la culture dont les vecteurs se révèlent éphémères et surfaits, Brett Easton Ellis passe à la moulinette les caractéristiques (mais aussi les poncifs) de l’époque, au gré d’un recueil d’articles publiés par ailleurs et qui, rassemblés, résonnent comme un pamphlet relativement pessimiste, au moins désabusé.

Outil pour l’esprit critique

On pourra regretter le côté nombriliste et moralisateur de l’auteur ; on ne pourra pas le prendre en défaut sur sa façon de traiter ses objets, de les porter intellectuellement, enrobés dans une langue vachement addictive.
L’ouvrage se savourera davantage si on y accorde plusieurs espaces de lecture plutôt qu’une dévorante consommation. Le temps de se poser, de réfléchir, d’acquiescer ou de contester les propos. Il est un outil idéal pour exercer son esprit critique.
Eric Albert

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